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Fabienne Radi
Oh là Mon Dieu
(Étant donnés : 1° Brian de Palma, 2° l’Encyclopédie des guerres, 3° le papet vaudois)




Le bonnet en laine de Brian de Palma ; le verre d’eau de Jean-Yves Jouannais ; la grosse barbe de Steven Hodel ; la fine moustache de George Hill Hodel ; la porte en bois de Marcel Duchamp ; la saucisse aux choux du papet vaudois.



Quelque chose qui tiendrait de la choucroute télescopé avec un banana split.  C’est spontanément ce qui me vient à l’esprit lorsqu’on prononce devant moi les mots BRIAN/DE/PALMA. Pardon à tous les depalmistes enamourés qui regardent Scarface, Obsessions ou Pulsions en joignant les mains, mais chez moi ça ne passe pas. Tout ce fétichisme bardé de références me soulève le foie et me donne instantanément envie de regarder l’intégrale d’Eric Rohmer pour apaiser ma vésicule biliaire.

Dernièrement j’ai refait une tentative en louant le dvd de The Black Dahlia (2006). Que dire ? Scarlett Johansson porte très bien les pulls en mohair et l’équipe des décorateurs a fait du bon boulot. Sinon dans les bonus du dvd, je suis tombée sur un documentaire intitulé La Vérité sur le Dahlia Noir : qui a tué Elizabeth Short ?1 Dans ce docu-fiction au suspense si storytellisé que l’on a envie de ronger sa télécommande, on voit un ancien inspecteur de la Police de Los Angeles, Steven Hodel, expliquer pourquoi il est persuadé que son propre père est l’auteur de ce crime épouvantable qui a causé beaucoup d’insomnies à James Ellroy tout en lui rapportant beaucoup de royalties. Depuis 19992 Steven Hodel a accumulé les indices, il a publié le résultat de son enquête en 2004 dans un livre préfacé par le même James Ellroy. Comparée à celle de Hodel, la version proposée par le romancier en 1987 — et adaptée ensuite au cinéma par De Palma — est aussi plate et convenue qu’une mauvaise sitcom. C’est dire combien la réalité (si tant est que la version Hodel soit vraie3) peut dépasser la fiction.

Steven Hodel a une tête de père Noël. Il est devant un panorama de Los Angeles qu’il scrute avec des jumelles (pas des sœurs mais des lunettes) avant de se tourner vers le spectateur pour lui confier d’une voix grave qui fait tout de suite monter la tension : JE SAIS QUI A TUE LE DAHLIA NOIR. Il est aidé dans cette entreprise par une armée de violons qui répètent frénétiquement la même note stridente en fond sonore, façon Bernard Hermann dans Psychose.  Du coup, nous aussi on veut savoir. Les violons se taisent enfin, pour le plus grand soulagement de nos dents.

On apprend alors pas mal de choses sur la vie dissolue du gratin hollywoodien des années 40. George Hill Hodel (le père de Steven) habite à l’époque une villa inspirée d’un temple maya (pourquoi pas) dessinée par Lloyd Wright (le fils de Frank). À voir les photos sur le net, c’est pour le moins chargé et ça n’a pas l’air coton à entretenir, toutes ces parois en roches sculptées. George est un chirurgien cultivé et élégant qui a fait fortune on ne sait pas trop comment, joue Rachmaninov au piano comme un Dieu depuis qu’il sait plier ses dix doigts, porte la même moustache que Walt Disney et organise des fêtes démentes dans sa villa flamboyante. Quelque chose entre Gatsby (pour le raffinement) et Liberace (pour l’excès). Grand ami de plein de célébrités du cinéma et du monde de l’art qui passent de piscine en piscine avec une starlette comme bouée sans jamais lâcher leur coupe de champagne — parmi lesquelles Man Ray et John Huston auquel il a piqué son ex-femme- George partage avec eux le goût des parties fines (en compagnie des bouées) et de la lecture du Marquis de Sade. Ça sent le souffre.

Tout ça nous est expliqué dans le film par différents policiers, enquêteurs ou témoins de l’époque qui, à l’instar de Steven, parlent sur un ton convaincu en plantant leurs yeux droit dans la caméra, tandis que derrière eux les violons ont été remplacés par trois accords minimalistes de piano qui font inévitablement penser à du Philip Glass, lui aussi très efficace pour plomber l’ambiance sur l’écran.  Du coup, l’étrange portrait de George Hodel par Man Ray qui apparaît dans la séquence suivante fait froid dans le dos et on ne voit plus du tout Walt Disney. Plutôt Chaplin dans Monsieur Verdoux ou Michel Serrault dans Le Docteur Petiot.  Quand la caméra revient sur la figure joufflue et hirsute de Steven, on est frappé par le contraste avec l’image précédente, difficile alors de résister à une psychanalyse sauvage : et si la barbe de Père Noël du fils (Steven) était une réponse à la moustache méphistophélique du père (George) ? Les poils, ça cache toujours quelque chose.  

La triste fin d’Elizabeth Short a généré des montagnes de fantasmes. Un coup d’œil sur le net donne le vertige. Hormis des images de sites hardcore qui soulèvent l’estomac, on peut aussi tomber sur des choses plus intéressantes, notamment en rapport avec l’histoire de l’art, puisque des liens ont été établis entre la mise en scène du cadavre et une certaine esthétique surréaliste4, en particulier des œuvres5 de Man Ray, grand habitué des noubas au palais maya. On connaît un peu les manies des artistes de ce mouvement à désarticuler le corps féminin, comme si ce dernier était un Meccano susceptible d’être démonté et remonté à gogo du moment qu’on a gardé tous les boulons. Cet intérêt pour la partie plutôt que le tout a été parfaitement résumé par Meret Oppenheim dans Ma Gouvernante6. C’est bien connu, pour les fétichistes il n’y a que dans le détail qu’on puisse atteindre l’absolu. Hormis des images récurrentes de femmes découpées en morceaux, les surréalistes ont aussi égrené ici et là des petites phrases certes bien tournées et pleines d’humour noir mais qui ne les ont sûrement pas aidés à se faire aimer des féministes, du genre : Le viol c’est l’amour de la vitesse.7

Juste ici, dans ce paragraphe précis, il aurait été parfait de parler de Exquisite Corpse, surrealism and the Black Dahlia murder, un livre de Mark Nelson et Sarah Hudson Bayliss que j’ai réservé à la bibliothèque depuis des semaines et que son actuel emprunteur rechigne à rendre malgré la succession de rappels envoyés par le service de prêt de ladite bibliothèque à laquelle je téléphone régulièrement pour savoir si ce foutu bouquin est enfin revenu. Je soupçonne cette personne d’être tombée dans une fascination morbide pour l’ouvrage et de ne plus pouvoir en décoller le nez. Si elle se reconnaît dans ce paragraphe, qu’elle sache qu’on trouve ce livre en occasion sur internet pour 16.59 euros + 2.99 euros de frais de transport. Compter 7 jours ouvrables avant réception pour un colis envoyé par avion de New York. Je n’ai personnellement aucune intention d’acheter ce bouquin mais aimerais vraiment pouvoir le feuilleter avant de terminer ce texte, d’où ma demande insistante auprès de la bibliothèque qui pourrait se bouger un peu pour faire appliquer son règlement.  Exit Exquisite Corpse  et que les amendes pleuvent comme des crapauds sur l’emprunteur maudit.

Une autre œuvre d’art qui a été mise en lien avec l’affaire du Dahlia Noir, c’est celle de Marcel Duchamp, Étant donnés : 1° la chute d'eau 2° le gaz d'éclairage.  Cette -approximation démontable — (selon les termes de son auteur) donne la fièvre à ses exégètes depuis qu’elle a été révélée au public en 19698. C’est vrai qu’il y a des similitudes entre la position du corps féminin dans la pièce de Duchamp et celle du cadavre de Elizabeth Short. Mais est-ce vraiment significatif ? Et si oui de quoi ? Toujours est-il que la thèse de Steven Hodel a fait exploser le thermomètre à certains qui ont rapidement fait le pont entre Elizabeth et Marcel via Man Ray, grand ami du second. Il s’agit moins de savoir si Duchamp a eu connaissance du crime par la presse américaine en 19479 (oui très probablement, vu le retentissement de l’affaire), que de s’interroger si Man Ray (et par ricochet Duchamp) était au courant des agissements criminels de George Hodel (en admettant que celui-ci soit le meurtrier) et s’il y avait un quelconque lien de cause à effet entre art et crime. C’est là que déboulent soudain en pagaille Thomas de Quincey, Edgar Allan Poe, Jack l’Eventreur, Oscar Wilde, Walter Sickert et quelques autres, avec en toute fin de peloton Patricia Cornwell — laquelle s’est efforcée de prouver que l’avant-dernier et l’antépénultième ne faisaient qu’un (Sickert = The Ripper) —. Soit toute une constellation de gens liés de près ou de loin à l’idée du crime comme œuvre d’art. Tous sont convoqués dans un livre captivant de Jean-Michel Rabaté qui propose le fait divers criminel comme une version actuelle du ready-made10. Ça se lit avec voracité comme du Stephen King mais c’est moins lourd et volumineux, donc plus pratique à lire au lit. 

Selon Thomas de Quincey cité par Rabaté, une fois que le meurtre a été commis, rien ne nous interdit d’en jouir comme d’un spectacle. Perspective parfois intenable. C’est ce dont parle brièvement et par la bande Jean-Yves Jouannais dans le 17ème épisode de son Encyclopédie des guerres, entreprise commencée en 2008 et pour laquelle il va falloir être patient et en bonne santé si on veut un jour en connaître la fin (la 47ème séance du 13 juin dernier en est à l’entrée — chenilles —). Dans ce projet assez gonflé11, Jouannais raconte les guerres de l’Iliade à Hiroshima, à partir de mots-clés complètement subjectifs, dans des conférences qu’il présente régulièrement au Centre Pompidou. Le dispositif est minimal : une table, un micro, un projecteur vidéo, un verre d’eau et des notes sur un papier. Ici pas de violon ou de piano en arrière-fond, ni de regard planté dans la caméra. On fait sobre et on ne racole pas. Jouannais tourne souvent autour du pot, ne se prive pas de donner des fausses pistes, parle d’apiculture, de chevelure, de danse, d’onomatopées et régulièrement de son grand-père qui n’a pas pu lui raconter la guerre, ce qui fait aussi de l’objet une autobiographie déguisée. Ici la pensée circule et ça fait du bien.

Je n’ai jamais assisté à une des conférences de L’Encyclopédie des guerres, mais je regarde les vidéos de celles-ci sur Dailymotion en faisant du repassage (activité éminemment surréaliste si l’on songe au Cadeau de Man Ray12). Dernièrement j’ai donc regardé (ou plutôt écouté, peut-on réalistement repasser une chemise en regardant autre chose que son fer à repasser ?) la 17ème séance qui s’ouvrait sur le mot — entrejambe —. Tiens donc. À la 22ème  minute, Jouannais fait tout un tas de circonvolutions avant d’annoncer au public qu’il va montrer une photo difficile, qui a notamment posé beaucoup de problèmes à son assistante. Karine résiste beaucoup à cette image, prévient Jouannais, tandis qu’apparaît derrière lui une image effectivement infâme13 : on y voit frontalement un corps de femme nue les jambes grandes écartées et tenues par des soldats hilares, le torse de la femme est invisible, on soupçonne qu’il n’y en a peut-être pas et qu’il s’agit alors de la moitié inférieure d’un cadavre coupé en deux.   La photo a été retrouvée dans les poches d’un soldat allemand mort en 1945, elle est entrée dans les archives militaires françaises en 1946. On comprend très bien Karine. Jouannais fait zoomer dans l’image pour montrer qu’il y a au sol l’amorce d’un motif en échiquier et que le corps repose sur un étrange empilement de tableaux ou de toiles vierges. Il parle de manière hésitante, semble un peu mal à l’aise avec ça, cette image extrême qui a été analysée au peigne fin par sa documentariste, puis passe finalement au cliché suivant, un gros plan de la porte de Étant Donnés de Duchamp. Un lien périlleux, dit Jouannais avant de présenter un schéma du dispositif de l’œuvre de Duchamp dans lequel, hormis le corps disposé de manière similaire, on repère aussi très vite un sol en damier.  Jouannais explique que lorsqu’il a remarqué ça, il s’est exclamé : Oh là mon Dieu. Non pas : Oh là là mon Dieu. Mais : Oh là mon Dieu. Avec un seul , ce qui est très différent. Dieu est dans le détail, paraît-il.

L’idée du crime comme œuvre d’art ne m’intéresse au fond pas plus que ça. Il y a quelque chose de kitsch et d’hystérique dans cette perspective, un peu comme dans le cinéma de Brian De Palma en fait. Mais la quantité d’énergie mise par des individus durant des années pour traquer des indices minuscules, les regrouper et les classer, les confronter et les recouper, ceci afin d’échafauder des hypothèses qui, pour la plupart, ne vont pas tenir la route, oui tout ça m’impressionne vraiment. Je préfère les détectives obstinés aux meurtriers esthètes, la recherche des traces plutôt que la création de l’aura. Et ce qui me fascine n’est pas tant la pertinence des correspondances (ici entre crime et œuvre d’art), mais la manière dont celles-ci surgissent. A propos du genre des detective novels qui apparaît au 19ème siècle, Jean-Michel Rabaté parle dans le livre précité du principe de sérendipité. Caractéristique de la plupart des détectives, la sérendipité est la découverte de quelque chose par accident et sagacité alors que l’on est à la recherche de quelque chose d’autre. Prenons un exemple : George de Mestral, un ingénieur suisse d’Aubonne, a inventé le principe du velcro14 grâce à son chien qui revenait chaque jour de promenade avec des tonnes de fleurs de bardane accrochées à ses poils : c’est en pestant contre ces dernières, qu’il devait retirer une à une du pelage de son animal, que ce monsieur a trouvé par sérendipité une nouvelle manière de faire adhérer deux matériaux de façon simple et réversible. N’est-ce pas merveilleux ? Plus loin dans son livre, Rabaté fait un lien entre le détective Dupin, inventé par Edgar Allan Poe, et l’artiste Duchamp qu’il propose de considérer comme un détective en chambre. Je ne sais pas s’il a trouvé cela par serendipité, mais ce rapprochement est très stimulant !

J’habite depuis plus de vingt ans à Genève. J’ai vécu enfant avec mes parents à Fribourg. Ces derniers résident désormais à Vevey. Ils sont très vieux et, depuis quelques temps, de plus en plus malades. Je fais par conséquent très souvent des allers et retours entre Genève et Vevey. Généralement je ne sors pas de l’autoroute d’un bout à l’autre du trajet. Mais depuis que j’ai lu le livre de Stefan Banz, Marcel Duchamp and The Forestay Waterfall15, dans lequel Banz explique comment on a décelé que la chute d’eau en arrière-plan de Étant Donnés était en fait la cascade de Forestay à Chexbres, je me suis arrêtée quelquefois dans ce village pour repérer les lieux. L’hôtel Bellevue, dans lequel étaient descendus Marcel Duchamp et son amie Mary Reynolds du 5 au 9 août 1946, est aujourd’hui un établissement de luxe nommé le Baron Tavernier qui propose  — Une Nuitée en Chambre double SPA Prestige/Pour elle Soin visage Valmont/Pour lui  Massage relaxant /Une coupe de champagne/Un repas trois plats au Deck/Prix forfait spécial/429 CHF par personne —. La vue depuis ce coin du Lavaux, elle, n’a pas dû beaucoup changer. C’est en lisant les menus à l’entrée d’un des restaurants du Baron Tavernier que m’est venue une idée un peu idiote mais pas dénuée de sérendipité.

Imaginons. Marcel Duchamp et Mary Reynolds sont très fatigués après une longue promenade dans le Lavaux sous un soleil de plomb (Le Messager boiteux de 1946 signale une canicule de mi-juillet à mi-août cette année-là). Mary a attrapé des ampoules aux pieds et Marcel un sacré coup de soleil sur la nuque. Ils font une longue sieste puis décident en fin de journée d’aller manger un morceau dans un petit bistrot qu’on leur a conseillé sur la route de la Corniche. Là-bas on ne sert qu’un seul plat, le Papet vaudois, mélange de poireaux et de pommes de terre écrasées (le papet proprement dit) servi avec de la saucisse aux choux. Ça n’est pas vraiment indiqué en plein été mais Marcel a envie de goûter la cuisine locale. En attendant leur repas, ils boivent un verre de Fendant pour l’apéro. La serveuse aime bavarder, elle leur explique que ce plat typique du pays demande une cuisson des légumes sous la saucisse, afin que les sucs grassouillets de la seconde puissent bien imbiber les premiers. Un peu plus tard, elle leur apporte à chacun une assiette recouverte à ras bord du fameux papet sur lequel trône une saucisse imposante, puis leur montre comment fendre la peau de la saucisse sur toute sa longueur avant de racler la chair intérieure avec un couteau. Marcel et Mary font ça comme des chefs, ils mangent de bon appétit et commandent une nouvelle bouteille de vin. Un peu pompettes à la fin du repas, ils laissent un gros pourboire à la serveuse avant de partir.

Durant la nuit la digestion est difficile. Les coups de soleil et les ampoules n’aident pas à trouver le sommeil. Et la cascade de Forestay située juste à côté de l’hôtel fait un boucan d’enfer. Tout ça se ressent au niveau de l’estomac mais pas seulement. Marcel fait des rêves étranges où tout se mélange : il voit une cascade de Fendant s’écouler au pied d’une chose rose et ouverte posée sur ce qui semblent être des mauvaises herbes. On dirait Mary toute nue sur un lit de poireaux tout secs qui auraient trop cuit. Marcel se réveille soudain en sursaut, aveuglé par une lumière en face de lui dans la chambre. C’est Mary debout qui tient une lampe de poche. Elle lui explique qu’il y a eu un gros orage au moment où il s’est endormi, tout l’hôtel est privé d’électricité on ne sait pas jusqu’à quand, heureusement qu’elle a pensé à prendre une torche électrique dans ses bagages quand ils étaient encore à Paris. Marcel saisit son carnet de notes sur la table de nuit, il griffonne avec un crayon à papier lumière/cascade/corps/végétation rabougrie. Et juste avant de se rendormir, il a encore le temps d’écrire fendant/fendu. Mary éteint la torche et le rejoint sous les draps. Avec l’eau déversée par l’orage, la cascade fait encore plus de bruit.

Tout ça ne va évidemment pas ressusciter le Black Dahlia,  ni apaiser le malaise de Karine,  ni même améliorer les films de Brian De Palma. On ne saura jamais si Man Ray  et Marcel Duchamp étaient au parfum pour George Hodel, le grand-père de Jean-Yves Jouannais n’a probablement pas pensé qu’il aurait un petit-fils qui parlerait un jour de lui dans des conférences, les services de prêt des bibliothèques ne communiquent jamais le nom des gens qui rendent leurs livres en retard, sans l’existence d’un chien de chasse à poils longs nous fermerions beaucoup moins bien nos chaussures de sport et je ne sais pas si mes trajets Genève-Vevey vont se répéter encore longtemps.

Pourquoi ne pas éternuer ?16

 

 

1. La Vérité sur le Black Dahlia, Thibaut Châtel, 52’, 2006. Pour info à ceux qui ne connaîtraient pas l’histoire du Black Dahlia : le 15 janvier 1947, le corps d’Elizabeth Short, jeune actrice de 22 ans, a été retrouvé coupé en deux au niveau du bassin et vidé de son sang, le visage brûlé à la cigarette et la bouche fendue d’une oreille à l’autre,  dans un terrain vague de Los Angeles. Le cadavre avait été éviscéré et lavé avant d’être transporté puis positionné sur l’herbe les jambes écartées et les bras relevés au niveau de la tête. On n’a jamais retrouvé le coupable. Obsédé par cette affaire qu’il a toujours reliée à l’assassinat de sa propre mère en 1958, James Ellroy a donné une explication du meurtre dans son roman Black Dahlia sorti en 1987. En 2004, il s’est rallié à la thèse de Steven Hodel et a préfacé son livre.

2. Année où son père est mort, à 92 ans dans son lit. C’est en rangeant ses affaires après sa mort que Steven Hodel a commencé à avoir des soupçons sur ce dernier.

3. Mais elle semble être de plus en plus plausible au fil des années et des recoupements  d’indices.

4. Dans cet objectif, jetez un œil (mais pas au sens propre) sur ce site :
http://mondo-blogo.blogspot.ch/2012/02/exquiste-corpse-surrealism-and-black.html

5. Minotaur (1933) et A l’heure de l’Observatoire - les Amoureux (1932) de Man Ray

6. la fameuse paire de chaussures à talons ficelée comme un poulet et servie sur un plateau en argent, Meret Oppenheim, 1936.

7. Le Dialogue de 1928, in revue La Révolution surréaliste, numéro du 15 mars 1928.  À la question d’André Breton — Qu’est-ce que le viol ? Benjamin Péret répond — L’amour de la vitesse. Comme c’est un peu réducteur de piquer un bout de texte et de le resservir hors contexte, on va donner une autre question/réponse pour rendre compte de l’imagination de Péret : Breton —  Qu’est que le diable ? Péret —  Le tour du monde en béquilles.

8. Soit une année après la mort de Duchamp qui a travaillé plus de 20 ans en secret sur cette pièce, de 1946 à 1968. Exposée au Philadelphia Museum of Art, la pièce se présente sous la forme d’un mur avec une vieille porte en bois dans laquelle sont percés deux trous à hauteur d’yeux. On peut y observer la scène suivante : au premier plan un grand trou dans un mur de briques ; au second plan un corps de femme couché sur des feuilles mortes et des brindilles, on ne voit pas sa tête hormis quelques touffes de cheveux blonds, le corps est nu avec les jambes écartées laissant voir un sexe glabre bizarrement fendu, la main gauche de la femme tient un bec de gaz allumé ; à l’arrière-plan un paysage champêtre avec une chute d’eau actionnée par un moteur électrique et baignée d’une lumière irréelle. Le tout est conçu comme une sorte de diorama.

9. Les photos prises par la police du cadavre massacré ont été cachées durant 40 ans, elles ont été publiées pour la première fois dans le livre de Kenneth Anger, Hollywood Babylon II, paru en 1985. Mais les images ont certainement circulé beaucoup plus tôt sous le manteau.

10. Étant donnés : 1. L’art, 2. Le crime. La modernité comme scène du crime. Jean-Michel Rabaté, 2010, Les Presses du réel.

11. Depuis l’automne 2008, Jean-Yves Jouannais élabore son Encyclopédie des guerres, une œuvre en train de s’écrire. Durant les séances sont projetés divers types d’illustrations : cartes, photographies, tableaux, extraits de films, actualités d’époque, dessins animés, vidéos d’artistes, etc. Cette lecture illustrée, comme une encyclopédie en « pop-up », s’apparente à une performance, chaque entrée étant commentée en direct, critiquée, réécrite au fur et à mesure. Les séances sont filmées et diffusées sur le site du Centre Pompidou et Dailymotion.

12. Un fer à repasser garni de clous sur la semelle, Man Ray, 1921.

13. L’image a été publiée dans la revue  La Recherche photographique, No 6, juin 1989. Elle accompagnait l’éditorial de André Rouillé, rédacteur-en-chef de la revue. Jouannais a reçu cette revue dans le cadre des échanges de livres qu’il fait régulièrement pour monter une bibliothèque de L’Encyclopédie des guerres, échanges  qui font partie intégrante de son projet.

14. Velcro est un mot-valise issu de velours+crochets

15. Marcel Duchamp and the Forestay Waterfall, édité par Stefan Banz, jrp ringier, 2011. Et aussi Marcel Duchamp : 1. La chute d’eau. Stefan Banz, Verlag für moderne kunst nürnberg / kunsthalle marcel duchamp no 6, 2012.

16. Why not sneeze ? ready-made grandement aidé, 1921, Marcel Duchamp