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  Luc Andrié 

expositions temporaires
Bolaño  
Rien d'aimable, 2002-2003  

L'installation, 2002
acrylique sur toile ; 100 x 140 cm
coll. Mamco, don de l'artiste

Le Poste de TV, 2003
acrylique sur toile ; 77 x 80 cm
coll. de l'artiste





Luc Andrié, Rien d'aimable, 2002-2003

in cycle Rien ne presse / Slow and Steady / Festina lente, cinquième épisode
Ornicar !  /  du 22 octobre 2003 au 25 janvier 2004


La peinture de Luc Andrié est mal lèchée. Ses tableaux paraissent vite peints et assez soucieux de se montrer agaçants. Ils ont souvent quelque chose de vide, de saugrenu et d’ingrat. C’est qu’ils ne jouent pas le jeu couru des séductions de la peinture. Ils s’épargnent allègrement ses affèteries suaves, ses onctuosités et autres délicates délectations moroses — tout ce bataclan chic où l’esthétique, la métaphysique et l’humanistique aiment tant à se vautrer. La peinture de Luc Andrié ne s’embarrasse pas de ces manières. Elle ne rend grâce à rien. Elle ne compatit ni au monde ni à elle-même. Elle est foncièrement antipathique. C’est qu’elle ne souffre pas. Si elle grince, c’est son rire.

Chats et rats crevés, nu triste, pile bancale de meubles 'cheap', longue boîte blanche posée de biais sur une chaise en Formica, autoportrait très plat et un peu dérisoire, vague paysage nocturne comme inachevé par inadvertance ou inappétence, nains de jardin bâclés non sans jubilation infantile — les sujets que traitent ces tableaux ne sont pourtant pas misérables en soi. Ou plutôt, leur misère n’est pas où l’on croit. Si peu qu’ils soient ici saisis, ils n’en sont pas moins saisissants. Si familiers qu’ils nous soient, ils n’en sont que plus étranges, dérangeants, déplacés. Ils ont été là, devant l’appareil photo de l’artiste. L’image qu’il en a cadrée n’appartient qu’à son regard, à l’acuité de son regard flottant. Le tableau qu’il a tiré de chacun ne se ressent qu’à peine de cette provenance mécanique. Ils sont maintenant là comme jamais vous n’auriez consenti à les voir. Ils ont cessé d’être transparents : les voici transpercés.

C’est que Luc Andrié travaille à la bascule du défait et du non fait, du vu et du non vu. Sa peinture agit comme un décapant. Elle fraye dans des parages inconfortables et déconcertants. C’est dans la complexité retorse du désagrément qu’elle suscite que se révèle sa singulière lucidité, son sens cruel du réel, sa très salubre entreprise de déception. Peintre de la vie modeste, Luc Andrié rend justice à nos déconvenues quotidiennes. Rien ici de spectaculaire.


Luc Andrié est né en 1954 à Pretoria, il vit à La Russille, Canton de Vaud.