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  Pierre-Olivier Arnaud

exposition temporaire
Biens communs III  

Pierre-Olivier Arnaud
Pierre-Olivier Arnaud, Sans titre (Starsteack), 2007
Coll. Mamco, don de l’artiste
Pierre-Olivier Arnaud

in cycle L’Éternel Détour, séquence printemps 2013
du 20 février 2013 au 5 mai 2013


Deux œuvres de l’artiste français Pierre-Olivier Arnaud datées de 2007 appartenant  à la collection  du Mamco sont montrées dans  cette  nouvelle  version  de Biens communs. La première, Sans titre (nouveaux horizons II), composée d’un ensemble de cinq images exposé selon un protocole précis, de même que la seconde, Sans titre (starstack), elle aussi présentée d’une manière particulière, explorent des seuils de visibilité  non spectaculaires car, pour l’artiste, « le régime spectaculaire, c’est l’aveuglement ».


Voir pour Pierre-Olivier Arnaud ne saurait s’apparier à la réception, de toute façon passive, du spectacle des choses. Voir est bien au contraire pour lui un authentique travail qui passe par la mise à disposition d’un certain nombre d’images affaiblies dans lesquelles l’exposition de motifs va de pair avec leur élision, leur disparition jusqu’à un certain point, bref leur identité précaire, leur constitution quasiment spectrale. C’est peut-être la raison pour laquelle l’artiste avance : « Je ne pense pas être photographe, même si j’ai trouvé dans la photographie le moyen de tra- vailler des questions liées à l’image qui m’intéressent. » Le photographe croit sans doute toujours et encore fermement aux pouvoirs de l’image comme telle, à la vérité et à la réalité de cette dernière. P.-O. Arnaud ne prend des images que parce qu’il situe la possibilité de sa pratique dans l’existence d’une vision inapaisée, d’une visibilité en crise, d’une non-évidence du visible et des représentations qui sont supposées le traiter. Cette façon de se dessaisir du visuel et du regard tel qu’il va passe par un ensemble de vues pratiquement toujours en noir et blanc, en réalité grises, ce pourquoi rencontrer une œuvre d’Arnaud c’est faire face à un bloc de grisaille. Celui-ci semble contribuer à une désublimation de ce qui est exposé, un processus qui minore dans un premier temps l’impact du motif pour nous amener, dans un second temps, à se rapprocher de lui et à le regarder en détail. Rien n’obéit donc ici au registre de la séduction ; c’est bien plutôt à partir d’une dissolution de cette dernière que quelque chose comme une lucidité peut se produire. Les deux travaux qui appartiennent à la collection du Mamco ne font pas exception à cette règle. Ainsi Sans titre (nouveaux horizons II) se compose de cinq images, imprimées en offset ou sérigraphiées, collées à même le mur comme le seraient des affiches disposées dans une ville. Chaque poster est tiré à cent exemplaires ce qui permet d’exposer cette pièce une centaine  de fois. Lorsque ce stock a été utilisé, l’œuvre n’existe plus dans sa version d’exposition. Par conséquent, au fur et à mesure que Sans titre (nouveaux horizons II) est montré, il s’épuise jusqu’à disparaître. Ne reste de ce processus qu’un registre documentaire qui dresse l’historique, avec mention des dates et des lieux, des différentes expositions dans lesquelles il a été vu. Un tel geste allégorise la vie précaire des images et lie la possibilité du voir à celle de sa disparition même: le visible est une inflexion de l’invisible. Et comme dans une des images de cet ensemble qui est la photographie d’un panneau d’affichage annonçant un programme, lequel se résume à une feuille blanche, il y a souvent ici une économie des choses (c’est-à-dire à la fois un ordre et une rareté) qui confine à la discrétion, à l’effacement.

Avec Sans titre (starstack), un autre ensemble de reproductions est proposé au visiteur. Il se compose de dix-sept photocopies en noir et blanc qui constituent une ou plusieurs piles ou bien qui sont directement collées au sol pour former une jonchée d’images. Il s’agit à nouveau d’images d’images dont tous les motifs sont des étoiles prélevées dans des publicités, des affiches, des tracts, des magazines. Il revient à chacun de prendre ou pas ces reproductions lorsqu’elles sont empilées, l’artiste laissant chacun agir à sa guise. De même, ne l’intéresse pas ce que le visiteur qui emporte la photocopie avec lui peut en faire. Cette pièce, une œuvre non autoritaire et labile, rend le visible véritablement disponible — démocratique — et joue toujours avec l’identité déceptive de l’objet (nous sont proposées des photocopies aux dimensions modestes — format A4) pour engager un travail du regard. Car Pierre-Olivier Arnaud propose des visions sombres et sans affect, refroidies et détaillées, des reproductions qui ont pour seul objectif de nous montrer que regarder ne va pas forcément de soi et ne passe pas toujours par la célébration clinquante de séduisants mirages.


Pierre-Olivier  Arnaud est né en 1972 à Lyon ; il vit à Lyon.