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  Marc Bauer 

exposition temporaire
Premier conte sur le pouvoir  

 
 

 

 

 





Marc Bauer, Premier conte sur le pouvoir

in cycle Futur antérieur, séquence d'automne 2009
L'Espèce de chose mélancolie  / du 28 octobre 2009 au 17 janvier 2010

Premier conte sur le pouvoir reprend le titre d’une note du livre inachevé et posthume de Pier Paolo Pasolini, Pétrole. Ce livre, qui devait être une grande saga retraçant les dessous de la société italienne des années 1970, en même temps qu’une somme des expériences et souvenirs de l’auteur, a été conçu comme une succession de notes à la forme et à l’achèvement plus ou moins élaborées. Il y est question de pouvoir, d’identité confuse, et de son inachèvement se dégage une poétique du fragment. Cet ensemble d’éléments trouve un écho, autant formel que thématique, dans le travail de Marc Bauer.


Dans ses dessins, M. Bauer mêle événements et personnages historiques, souvenirs personnels et intimes avec des images trouvées dans des films ou d’autres archives. Sa méthode de travail, qu’il rapproche parfois de celle d’un archéologue, cherche surtout à mettre en évidence la construction de notre subjectivité. Il tente de mettre en forme la manière dont chacun organise ses propres souvenirs et la façon dont la mémoire collective s’empare d’événements particuliers pour élaborer l’Histoire. « Qu’il s’agisse d’une histoire personnelle ou de l’Histoire, c’est une ré-écriture et ce n’est donc qu’une question de point de vue, tout comme la morale », précise-t-il. L’Histoire est donc un artefact qui est le résultat d’un montage d’événements effectués a posteriori. C’est dans cette logique que M. Bauer construit son exposition, pour laquelle le titre, plutôt que de constituer une trame narrative, sert à organiser les éléments, parfois hétérogènes, entre eux.  Son travail traite régulièrement de la question du pouvoir et de la domination masculine en combinant de grandes figures autocratiques avec celles du père et du grand-père ; un arrangement qui lui permet de souligner l’importance de l’idéologisation de la famille dans les régimes totalitaires. Toutefois, dans cette exposition, il semble regarder davantage du côté de la fiction en choisissant des figures plus archétypales de pouvoir. Salo (2009) représente les quatre hauts dignitaires (Président, Duc, Excellence, Monseigneur) du film de Pasolini, Salo ou les 120 journées de Sodome, ce film étant lui-même une sorte d’archétype du mécanisme intemporel de la domination.

Le cinéma est présent dans le travail de M. Bauer, que ce soit comme source de référence, comme dispositif générateur d’imaginaire ou dans son processus de construction, notamment le montage. De manière générale, ses dessins peuvent être perçus comme des rushes, à partir desquels il serait possible de monter une quantité infinie de films. Cette potentialité est particulièrement sensible dans son diaporama. Si cette forme de présentation joue d’une certaine proximité avec la projection cinématographique, elle permet néanmoins de conserver le caractère individuel de chaque dessin. Ainsi, partant du même matériau, M. Bauer peut projeter des récits constamment renouvelés. Une idée qu’il semble notamment mettre en évidence dans son dessin Cinema (2009) qui représente une salle construite autour d’un grand écran vierge, surface libre destinée à recevoir toutes les projections. L’accrochage et la mise en espace des dessins construisent un récit fait d’interruptions brutales et d’absence de transition. Cette syntaxe s’inspire du cinéma de Sergueï Eisenstein, et plus particulièrement de son film Le Cuirassé Potemkine qui fonctionne selon le principe de la rupture et de l’opposition. Avec Potemkine Monument, M. Bauer rend un hommage explicite au cinéaste, mais parallèlement à l’interprétation dessin par dessin de la fameuse scène de l’escalier, il rappelle une activité moins connue du cinéaste, à savoir ses dessins pornographiques, et propose un ensemble d’images fragmentaires à forte connotation sexuelle.

Ce travail sur la narration implique aussi un rapport étroit à l’écriture et au langage. Souvent, les dessins de M. Bauer contiennent des fragments de textes qui articulent autant le récit que la temporalité par un usage simultané du passé, du présent et du futur. Avec Language (2009) il se concentre sur des signes de ponctuation qu’il isole de leur contexte, leur conférant une valeur autonome et un étonnant degré d’abstraction. Ces signes, dont la fonction première est de moduler la syntaxe ou de donner une nuance affective au texte, sont traités ici comme un alphabet formel très expressionniste. Il y a chez M. Bauer une intensité expressive qui se retrouve autant dans ses dessins que dans ses accrochages ou mises en scène ; un travail qui entretient un rapport étroit avec  la dramaturgie, au sens large du terme.


Marc Bauer est né en 1975 à Genève, il vit à Berlin.