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  Antoine Bernhart 

expositions temporaires
Jouer avec le feu  
L'Infini chez soi  

Encre sur papier ; 53 x 63 cm.
© Antoine Bernhart

 

 

 

 





Antoine Bernhart, L'Infini chez soi

in cycle rolywholyover, quatrième épisode
hagiohygiecynicism  / du 27 février au 18 mai 2008


Meurtres, viols, mutilations en tous genres, zoophilie, coprophagie… le catalogue d’actes de barbarie proposé par Antoine Bernhart est-il soluble dans le champ de l’art contemporain ? Membre du groupe néo-surréaliste Phases dès 1968, A. Bernhart finira par se faire exclure du mouvement quelques années plus tard au prétexte que ses délires pornographiques seraient trop extrêmes.

A. Bernhart va alors évoluer dans des sphères alternatives à l’art officiel et à ses institutions, et intégrer un vaste réseau de dessinateurs issus de la contre-culture, plus particulièrement des mouvances punk, en réalisant, par exemple, posters et flyers pour des groupes de psychobilly comme les Cramps ou The Meteor. Il est important de noter que le punk français a laissé une marque durable sur la culture occidentale dans son ensemble non pas tant, comme c’est le cas aux États-Unis, en Angleterre ou en Allemagne, sur un plan musical et stylistique, que sur un plan graphique. Ainsi, le collectif Bazooka, dont les stratégies d’infiltration post-situationnistes leur permettront de jouer au cheval de Troie tant au travers des pages de quotidiens généralistes comme Libération, que de revues mensuelles spécialisées comme Actuel. Et encore, des publications à la diffusion volontairement limitée, comme Elles sont de sortie, animées par Pascal Doury et Bruno Richard, dont les héritiers directs se réunissent aujourd’hui à Marseille autour du cercle réuni par Pakito Bolino et Caroline Sury, sous le nom du Dernier cri, et qui encadrent depuis plus de dix ans la diffusion tant imprimée qu’expositionnelle de l’œuvre d’A. Bernhart. Autre territoire de réception, très loin de chez nous, qui accueillera avec enthousiasme les dessins d’A. Bernhart, celui de l’Eroguro, mouvance underground japonaise qui se traduit grossièrement par « l’exaltation du sexe grotesque et cruel ». Ce mouvement, tant littéraire, que théâtral (avec ses spectacles grand-guignolesques où de jeunes femmes dénudées font mine de s’éventrer devant un parterre haletant), et graphique, est en phase de sortir de sa clandestinité avec, par exemple, les traductions récentes en français des sublimes mangas de Suehiro Maruo, qui, jusqu’à récemment, s’échangeaient en Occident sous le manteau.

« Oui, mais tout cela est-ce bien de l’art ? » se demandait Robert Crumb, le pape du dessin underground, lors de sa première rétrospective au musée Ludwig de Cologne. Cette question trahit plus une crainte de la part de l’artiste de voir son pouvoir de contestation amoindri au sein de l’institution, qu’une résistance de celle-ci à incorporer en son sein un scandale supplémentaire. Dans le cas de cette exposition d’A. Bernhart au Mamco, il ne s’agit pas tant d’une quelconque volonté de récupération que d’une rencontre, riche d’une histoire anti-essentialiste partagée, issue tant du surréalisme que de la nouvelle objectivité allemande. Car derrière l’effroi que provoque ces images, on perçoit un rire strident — rire que l’on pourrait qualifier de matérialiste. « Il existe une figure classique du philosophe matérialiste qui rit du reste de l’humanité, de ses craintes, ses superstitions et même ses valeurs. […] C’est ainsi — en riant — que ce personnage conceptuel accède au monde “humain”, au monde “des valeurs”. On verra alors que le vieux reproche fait au matérialisme, à savoir sa froideur et son incapacité à saisir la dynamique de l’action humaine, sa “cruauté d’anatomiste” comme dit Flaubert, ne l’atteint pas ; ou alors l’atteint à cause de son rire. » (Charles Wolfe)


Antoine Bernhart est né en 1950 à Strasbourg où il vit.
www.antoine-b.com