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  Cathryn Boch 

exposition temporaire
10  8  6  überholen  

présentation des collectioes / archives
Modèles modèles 2  
 

 
 

 

 

 





Cathryn Boch, 10  8  6  überholen

in cycle Futur antérieur, séquence d'automne 2009
L'Espèce de chose mélancolie  / du 28 octobre 2009 au 17 janvier 2010

Entre 1995 et 2001 Cathryn Boch est l’une des quatre artistes qui composent le groupe « Les Pisseuses » qui célèbrent au moyen de cadavres exquis furtivement réalisés de nuit, à la craie, sur les murs de la ville de Strasbourg, l’enfance, la féminité, les relations amoureuses, leurs rapports à la ville, à l’histoire de l’art. Déambulations clandestines qui revisitent celles des surréalistes et dont les haltes s’opèrent dans les rues aux noms évocateurs de Rue des pucelles, Rue des couples, Rue des dentelles... pour des actions mêlant provocations, transgressions et poésies formelles, vite reconnues comme la marque du groupe. « Les Pisseuses » signeront leur manifeste dans une vidéo éponyme exhibant quatre corps féminins tronqués, urinant debout, comme des hommes ; inscrivant cette œuvre dans la tradition d’une « peinture » de genre restée confidentielle de Rembrandt à Picasso.


Comme l’explique l’artiste, 10  8  6  überholen c’est comme du temps qui s’égrène, celui d’un compte à rebours ou d’une distance, installée entre les êtres et les choses ... Überholen c'est doubler mais aussi dépasser, porter plus loin, comme un clin d'oeil au nomadisme qui est le sien, à ces kilomètres qu’inlassablement elle parcourt. Pour elle, le mot résonne mieux en allemand, parce que dans cette langue, il est composé et imagé, mais aussi parce que sa naissance dans une zone frontalière est une donnée significative de sa biographie et à ce titre inévitablement très présente dans ses dessins.

Depuis 2004, la pratique artiste de C. Boch se cristallise dans la réalisation de dessins exécutés selon des modalités peu habituelles et dont l’autrichien Arnulf Rainer pourrait, en partie, revendiquer la paternité. Certains artistes peuvent œuvrer d’un jet, basant sur la vitesse d’exécution la garantie d’une spontanéité qui délivre l’œuvre de sa technicité laborieuse. À l’opposé, il y a ceux — Cathryn Boch est de ceux-là — pour qui la genèse d’une œuvre ne saurait se faire sans en multiplier les étapes. Il convient de ne pas s’enfermer trop vite dans une forme, il faut qu’une histoire se tisse, qu’une temporalité s’installe, que le dessin se révèle par strates à l’issue d’une lutte engagée avec des papiers souvent épais qui portent vite les stigmates des raclures, scarifications, ponçages, déchirures, piqûres, surpiqûres, assemblages... que l’artiste leur inflige comme pour en accentuer la fragilité. Un corps à corps s’instaure dont le papier fait les frais et dont le dessin, utilisé comme une arme, révèlerait la résistance imprévue. Un ponçage obstiné pouvant conduire ici au point d’usure extrême, mettant au jour une transparence inattendue ; lui donnant, là, le velouté sensuel d’une peau. À ces traitements qui font du dessin un objet d’altération, s’ajoute une mise en couleur et en volume au moyen d’adjuvants, tout aussi peu orthodoxes, au nombre desquels figurent les glacis de lait concentré, les aplats de béthadine mêlés de gouache ou d’aquarelle, les rehauts de fils de coton DMC surpiqués, les pigmentations sucrées... créant une palette où s’exacerbent des tonalités fauves aux accents beuysiens et dont les matités prennent le pas sur les brillances.

Il y a dans les corps perdus, distendus, brisés, gémellaires, foudroyés, en chute ou en lévitation qui peuplent ses dessins, quelque chose de viscéral, d’organique, qui exprime à des échelles indifféremment microscopiques et macroscopiques, l’idée d’une métamorphose. C. Boch montre la vie avec tout ce qu’elle a d’hybride, d’usagé, de rapiécé, avec tout ce qu’elle contient de mort latente.
Les corps sont des continents en mutations, agités de soubresauts affectifs, de désirs dévorants, d’altérations brutales ou souterraines dont le dessin devient le révélateur. Figures évanescentes et cartographies se mêlent en de vastes constellations qui nous renvoient à la vacuité de l’existence, à l’accomplissement de la mesure d’une vie d’homme dans la démesure de l’immensité.

C. Boch interrompt parfois son travail sur papier pour affronter la surface d’un mur qu’elle aborde selon des processus similaires, creusant, ponçant, décapant, ciselant le plâtre pour camper d’étranges figures distendues ou disloquées à l’image de ce grand corps de femme suspendu, déserté par la vie alors même que ses humeurs se répandent en d’improbables continents. Comme l’avait compris Lavoisier, « Rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme ».


Cathryn Boch  est née en 1968 à Strasbourg, elle vit à Paris et à Strasbourg.