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  Philippe Cognée 

exposition temporaire
Carcasses, 2003   

Carcasses, 2003
cire sur toile, suite de 36 peintures ;
70,5 x 47 cm chacune
coll. de l’artiste, court. Galerie Daniel Templon, Paris









Philippe Cognée, Carcasses, 2003

in cycle Mille et trois plateaux, sixième épisode
Conjonctions  / du 9 juin 2006 au 17 septembre 2006

Carcasses tremblées

Le peintre, plus encore s’il s’affronte à l’image, se trouve immanquablement un jour devant des motifs, des programmes iconographiques singuliers, surgis comme des îles dans l’histoire et identifiés à des artistes majeurs. Il y voit une injonction à les revisiter. Soutine, devant les carcasses de Rembrandt, reprend leur masse béante à son compte.

À son tour, Philippe Cognée regarde par-dessus l’épaule de Soutine regardant par-dessus l’épaule de Rembrandt : duplication Ripolin en abîme. Le génie de Rembrandt logeait ici dans cette métonymie paradoxale de la crucifixion. Chez Soutine, le religieux s’éloignait. Chez Ph. Cognée, il se dissout dans la chaîne industrielle du froid.

Il y a tous les ingrédients de la fascination moderne dans la figure de la carcasse de bœuf pendue : sujet éminemment profane, violent, morbide ; corps éventré, chair sanguinolente à mi-chemin du cadavre et du repas ; scène de supplice et partage de la cène ; appétit et répulsion. Les ors du clair-obscur allumaient leur chaleur compassionnelle chez Rembrandt. Les grouillements de la matière picturale exposaient davantage la souffrance solitaire de Soutine.

La vitrification embuée des images de Ph. Cognée neutralise cette double tension affective. Comme une réminiscence qui se figerait avant de se former tout à fait ; comme si les images de la peinture ne pouvaient se sauver qu’en esquissant le mouvement de leur effacement.

La série fait le reste qui recommence sans fin ce surgissement qui se dérobe au fil d’un lent travelling hanté par les scintillements de la surface filmique. Ici la peinture se démultiplie pour mieux garantir son irreproductibilité technique. Double éloignement symétrique du réel et de son double imagique dans l’affirmation de la réalité irréductible du tableau. Mais il y a chez Ph. Cognée comme une science sensible du « tremblé » où semble se jouer la nécessaire inquiétude de l’artiste quant au choix de ses armes.

On remarquera également la petite taille de ces peintures. Aucune inflation du format, nulle emphase du sujet : le motif est rétréci, distancié, allusif. La mort sans phrases se tient derrière la glace.


Philippe Cognée est né en 1957 à Sautron (France), il vit à Vertou.