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  Gabriele Di Matteo 

expositions temporaires
China made in Italy  Di_Matteo_China
Le Peintre salue la mer, 2005  
The Blind Man, 1998  
Isola (Art) Project Milano  Di_Matteo_Isola

présentation des collections
L'Escalier   

Le peintre salue la mer, 2005
ensemble de 176 peintures de mimosa et de 140 peintures de vagues ; env. 80 x 100 cm chaque tableau
coll. Mamco
 

 






Gabriele Di Matteo, Le Peintre salue la mer, 2005

in cycle Mille et trois plateaux, quatrième épisode
Connexions  /  du 25 octobre 2005 au 15 janvier 2006



« Je suis pour un art qui se développe sans même savoir qu'il est de l'art, un art auquel on laisse sa chance à partir de zéro. » Claes Oldenburg

Les mimosistes ont recensé près de 1200 variétés de mimosas à travers le monde. Originaire d’Australie, l’arbuste est devenu, en un siècle et demi, l’archétype de la flore méditérranéenne. À Naples, le bouquet de mimosa est un « best-seller » de la peinture de genre. Seuls ou en famille, les peintres commerciaux produisent des mètres carrés de toiles, exaltant les nuances jaune pâle ou jaune doré de ces glomérules au parfum entêtant. Les tonalités du mimosa sont proches de celles du mythique jaune de Naples, mélange toxique à la composition mal connue, que la croyance populaire imaginait surgi des laves du Vésuve. Ajoutons que le mimosa est lui, réputé capable de renaître des cendres d’une terre calcinée, et la comparaison deviendra signifiante.

Le mimosa est à Salvatore Russo ce que le tournesol est à Van Gogh : un exercice de style, une signature, un morceau de bravoure, qui lui valent le surnom de « Maître du mimosa ». S’il produit d’ordinaire cinquante peintures en une journée, pour des touristes en quête « d’authentique », Russo satisfait ici aux exigences d’un tout autre commanditaire : l’artiste Napolitain d’origine, Gabriele Di Matteo. Sous le pseudonyme de « Lupo del mare », Salvatore Rosa peint, lui, des mers déchaînées. Les marines, qui sont par tradition des peintures de chevalet, célèbrent avec autant de pertinence que le mimosa, cette culture méditérranéenne centrée sur la mer.

La peinture commerciale n’a pas d’autre but que celui de vendre, de répondre au marché de la décoration. Mêlant icônes et stéréotypes, les peintres commerciaux produisent à la chaîne des originaux clônés. Du sublime et trivial de la grande peinture napolitaine d’autrefois subsistent, ici, des scènes triviales, dans lesquelles se démultiplient à l’envi les icônes populaires.

En imposant à ces deux peintres commerciaux des mises en abîmes successives, avec pour corollaire l’échec programmé de la copie conforme, G. Di Matteo instaure une chaîne de production : l’artiste conçoit ce que des peintres mercenaires exécutent, avant de se ressaisir de l’ensemble pour l’exposer et tirer sens et argument de sa présentation et divulgation.

Un décalage imperceptible s’immisce de reproduction en reproduction, débouchant sur une modification notable du « pattern » originel. La notion d’original importe d’ailleurs peu ici, seul compte le combat héroïque de la peinture « fait main », inlassablement multipliée, qui s’oppose à l’œuvre mécaniquement reproduite. Par cette modification progressive du motif, G. Di Matteo conduit subtilement les peintres à endosser une posture plus artistique que commerciale. Redevenu attentif à un modèle qui se dérobe régulièrment à toute acquisition d’expérience, le peintre commercial doit renoncer temporairement au mode opératoire qui lui est propre.

Il y a dans cette succession d’images quelque chose de cinématographique. Si elles étaient filmées une à une, puis projetées au rythme de 25 peintures / seconde on pourrait voir s’animer le mimosa, bruquement gonflé par des alizés qui le poussent inexorablement vers une mer écumeuse qui, plus loin, s’assagit pour mourir sur la grêve.

Cet étrange condensé de littoral méditérranéen qui se déploie sous nos yeux satisfait, comme le soulignait ironiquement Duchamp, notre goût pour la peinture rétinienne et pour l’odeur de la thérébentine.


Gabriele Di Matteo est né dans la ville italienne de Torre del Greco en 1957 ; il vit à Milan.