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  Emilie Ding

exposition temporaire
Until the evening of the echo  

Emilie Ding

Marquisats I, 2015

 

Emilie Ding, Until the evening of the echo

in cycle Des histoires sans fin, séquence printemps 2015
du 18 février 2015 au 10 mai 2015


Se déployant principalement entre le dessin et la sculpture, l’œuvre d’Emilie Ding manifeste un attrait pour les structures massives issues du BTP et les principes de systématisation. Croix, trames, contreventements et contreforts, métal, béton et huile y apparaissent comme les formes et matériaux privilégiés. Dans cette langue du minimalisme et de l’imposance, l’artiste exprime une manière particulière de se souvenir des avant-gardes, d’en secouer les lambeaux.


Comme pour ses expositions au Centre d’art contemporain de Genève ou à la Salle Crosnier, les pièces réalisées pour l’exposition du Mamco prennent la mesure du lieu. Une mesure physique — la hauteur des plaques de béton, jusqu’à 2m50, se confronte directement à l’élévation des salles qui les reçoivent — mais aussi temporelle — la peinture verte est un « reste » de l’exposition précédente,  Piece maker (1985), une pièce monumentale de Donald Lipski. Une mesure qui se poursuit également dans les motifs inscrits sur les plaques. Les dessins sont inspirés par un certain nombre d’œuvres du musée qui ont marqué l’artiste, familière du lieu. Autant d’allusions à Sherrie Levine, Jenny Holzer ou Marcel Duchamp qui se figent ici en de sombres étendards.

Les reliefs des plaques reprennent quant à eux des éléments architectoniques, détails et structure, de la Maison des jeunes et de la culture à Annecy aujourd’hui occupée par l’école des beaux-arts. Dessiné en 1964 par André Wogenscky, proche collaborateur du Corbusier, le bâtiment, tout en béton et baies vitrées, s’érige autour d’une longue rampe qui dessert chaque étage. L’artiste projette d’y réaliser un film où la déambulation d’un vieil homme serait entrecoupée par des visions, des réminiscences d’œuvres (celles de Mike Kelley, Pierre Huyghe ou Maya Deren par exemple) toutes animées par un projet de communauté et d’émancipation de l’individu. Images surgies d’un monologue intérieur qui redoublent l’esprit du lieu qui les accueillent.

Cette mémoire sporadique de l’école et du musée est posée à même le sol, comme autant de stèles, votives ou funéraires, arrachées d’on ne sait quel temple ou façade. L’huile noire utilisée pour la réalisation des motifs leur donne une consistance particulière. Une qualité iridescente de la matière qui fait songer à une brûlure. La comparaison tient lorsque l’on sait que certains projets d’E. Ding ont pris pour nom Burning — La Tourette ou Burning — Brasilia. Cette combustion de la modernité pourrait nous faire songer au tableau The Los Angeles County Museum on Fire peint en 1968 par Ed Ruscha : à peine inaugurée, la massive structure orthogonale du musée apparaissait en proie aux flammes. Si l’incendie du californien exhalait un malaise de l’artiste dans son rapport à l’institution, ceux d’E. Ding sont davantage purificateurs. Il s’agit de relever dans la cendre la substance d’un écho. La mémoire de la modernité ne s’inscrit plus sur des plaques de cire, elle crame sur des surfaces bétonnées.

Dans la petite édition qui accompagnait son exposition à la Salle Crosnier en 2010, Emilie Ding faisait paraître dans les remerciements un certain nombre d’artistes et de musiciens, entre autres : Robert Rauschenberg,  Robert Smithson, Psychic TV, Franz Schubert ou encore les cubo-futuristes. Un panthéon singulier, sonore et visuel, qui permet de poser les balises d’un territoire esthétique et de souligner que les pièces amalgament différents temps, courants, époques. Mais surtout, en faisant figurer ces noms sans hiérarchie, au milieu de ceux des amis, parents, et autres personnes impliqués sur le projet, E. Ding semble dire qu’elle les envisage moins comme des figures tutélaires que comme des « collègues » auprès desquels elle a pu se nourrir, dialoguer, se sentir encouragée et dont elle veut perpétuer la mémoire. E. Ding partage sans doute avec le new-yorkais Steven Parrino ce rapport irrévérencieux mais sincère à l’avant-garde.

« La radicalité vient du contexte et pas nécessairement de la forme, écrivait le peintre. Les formes sont radicales dans la mémoire, en perpétuant ce qui fut radical autrefois par l’extension de leur histoire. L’avant-garde laisse un sillage et, par une force maniériste, elle poursuit son avance. Même dans la fuite, nous regardons par-dessus notre épaule et approchons l’art par intuition plutôt que par stratégie. Vu sous cet angle, l’art est plus culte que culture. »


Emilie Ding est née en 1981, à Fribourg ; elle vit à Berlin.