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  Stephen Felton

exposition temporaire
The Wind, Love and other Disappointments  

Stephen Felton

Stars on a string, 2015

 

Stephen Felton, The Wind, Love and other Disappointments

in cycle Des histoires sans fin, séquence printemps 2015
du 18 février 2015 au 10 mai 2015


Sérieusement désinvolte, radicalement détendue, difficilement spontanée, facilement complexe : de prime abord, la peinture de Stephen Felton déconcerte par les épithètes paradoxaux qu’elle suscite. Un dessin réalisé à main levée, d’une couleur, habite l’espace d’une toile de grand format. Une simplicité du signe et de son exécution qui tient tout autant du schéma enfantin, de la peinture pariétale que d’une sorte de pictogramme ramolli, ne sachant départager entre symbole et icône, figuration et abstraction, tout à la fois aube et agonie du signifiant.


Flèches, escaliers, échelles, étoiles, parce qu’ils demeurent rétifs aux classifications habituelles de la représentation, sont les motifs privilégiés de cette iconographie  de l’économe. Au-delà de leur efficacité sémantique, ils manifestent surtout la vitesse d’un geste. Détachée de toute autorité virtuose, à la portée de tous, la peinture de S. Felton exprime un certain flegme, un irrespect tranquille de ce que l’on pourrait concevoir du métier de peintre et de ses différentes écoles. L’artiste Dan Walsh, dont S. Felton a été l’assistant, aime à parler de ses premiers travaux comme des Peter Halley peints par Philip Guston : une composition rigoriste « détendue » par un style proche de la bande dessinée. De même, l’on pourrait  dire de la peinture de S. Felton qu’elle serait comme un Martin Barré peint par Keith Haring : une recherche de la sobriété et du fragment qui s’exprimerait à travers la touche de la figuration libre.

Il ne faudrait pas pour autant voir là un jeu post-moderne qui aplatirait ironiquement les références. Il y a en effet chez S. Felton (comme chez Dan Walsh d’ailleurs) une certaine croyance dans le processus de la peinture plutôt que dans son achèvement. Comme l’écrit la critique Jill Gasparina : « Assembler en un certain ordre des couleurs sur la surface plane d'une toile apprêtée […] n'est pas un moyen d'obtenir un artefact prêt à décorer un intérieur ou à occuper l'espace encore libre d'un centre d'art, mais c'est une activité totale, et qui organise la vie toute entière. » Peindre s’entend d’abord ici comme une activité banale, au même niveau que celles qui rythment le quotidien de l’artiste, soumis à l’arbitraire de son humeur, du temps, des personnes qu’il croise, de ses lectures.

Le vent, l’amour et autres déceptions, son exposition au Mamco, présente ainsi une série inédite inspirée par le roman Scènes de la vie d’un faune d’Arno Schmidt. Chef d’œuvre de la littérature allemande d’après-guerre, on y suit sur trois chapitres (février 1939, septembre 1939, septembre 1944) Heinrich Düring, fonctionnaire à la sous-préfecture de Fallingbostel, assistant, écœuré, à l’infiltration de la bêtise nazie dans les consciences — jusque dans sa propre famille, chez sa femme et son fils. Il va trouver refuge dans l’étude acharnée des archives d’un village. Il y apprendra l’existence d’un déserteur napoléonien semant autrefois la terreur et ira jusqu’à retrouver sa cachette, une cabane au beau milieu de la forêt. Le narrateur fera de cet abri de fortune ayant échappé aux relevés des topographes, le lieu d’une retraite, d’un écart au monde, qui lui permettra finalement d’échapper aux bombardements alliés avec son amante.

Günter Grass disait ainsi de Schmidt : « Je ne connais pas un écrivain ayant à ce point écouté la pluie, si souvent contredit le vent et mêlé aux nuages des noms de famille si littéraires. » Le roman associe un cynisme érudit et lapidaire à de grands élans exaltés sur la lande, la lune, le vent. Formellement, il se construit en une succession de petits paragraphes distribuant néologismes, jeux de ponctuation, onomatopées substantivées, références codées, coulant comme une « cascade narrative » de souvenirs, de visions furtives, agencés à la manière dont « un spasmophile peut voir un orage la nuit. » On conçoit que cette façon de travailler une écriture selon « les lignes de mouvements et le tempo des personnages dans l’espace », où tout n’est que fragments et vitesse, ait pu résonner de manière particulière chez S. Felton. En s’emparant de ce livre sibyllin, auquel il n’a eu accès que par la traduction anglaise, S. Felton propose à son tour une série de formes qui n’illustrent pas nécessairement tel ou tel passage mais viennent plutôt cristalliser un souvenir de lecture, les rêveries qui l’ont accompagné, la fertilité onirique d’une expérience littéraire.


Stephen Felton est né en 1975 à Buffalo, États-Unis ; il vit à New York.