2_1 MAMCO 2_1 AGENDA PRESSE CHRONIQUES MISCELLANEES RADIO FILMS
4_1 EXPOSITIONS COLLECTIONS ARTISTES PUBLIC EDITIONS MUSEE INFORMATIONS

 

COLLECTIONS_PRESENTATION COLLECTIONS_ARCHIVES
A B C D E F G H i J K L M N O P q R S T u V W x y Z
    
  Philippe Fernandez

exposition temporaire
Conte philosophique (La Caverne)   

Philippe Fernandez
Philippe Fernandez
Philippe Fernandez
Philippe Fernandez
Extraits du film Conte philosophique (La Caverne)
© Jean-Christophe Garcia




Philippe Fernandez, Conte philosophique (La Caverne)

in cycle Des histoires sans fin, séquence automne-hiver 2013-2014
du 16 octobre 2013 au 12 janvier 2014


Depuis la fin des années 1990, Philippe  Fernandez réalise des films proches du cinéma d’auteur (trois courts métrages, un moyen et un long métrage sont aujourd’hui visibles)  qui sont généralement montrés en salle. Son univers, souvent qualifié de philosophique et de burlesque par la critique, développe une cohérence plastique frappante et une temporalité étrange qui fait que l’on se croit ici souvent ailleurs même si tout ce qui est filmé semble réaliste à défaut d’être réel. Conte philosophique (La Caverne), le premier opus de Fernandez daté de 1998, n’échappe pas à cette règle.


Interprète principal et récurrent de ses films, tournés le plus souvent en 35 mm dans un très beau noir et blanc qui évoque le cinéma des années 1950 et 1960, Bernard Blancan est l’alter ego de Ph. Fernandez, son double lunaire. Habillé en toute circonstance  d’un costume gris, d’une chemise blanche et d’une cravate noire, ce qui lui donne un aspect sérieux en parfait contraste avec sa vie et ses gestes décalés, il arpente le monde en spectateur fortement singulier et pensif, souvent dans une petite voiture de sport désuète et futuriste, qu’il trouve d’ailleurs à l’orée de la forêt de Conte philosophique, vestige, probablement, du XXe siècle, tel le cinéma… Ces accessoires contribuent à transformer ce personnage en témoin excentrique d’un monde dans lequel il ne sera jamais qu’un drôle de passant, un métaphysicien burlesque. Ainsi en est-il dans le film montré au Mamco. Selon Ph. Fernandez lui-même, cette œuvre est une adaptation, transposée au XXe siècle, mais assez fidèle, du célèbre mythe de la caverne énoncé par Platon dans le livre VII de La République, la fin du film étant, par contre, totalement inventée par rapport au récit de Platon. Ce dernier nous conte l’histoire d’hommes enfermés dans une caverne  depuis leur enfance, les jambes et le cou pris dans des chaînes. Ne pouvant regarder que devant eux, ils observent à longueur de journée les ombres projetées sur un mur par un feu lointain. Ces dernières sont pour eux la forme que prend la réalité, elles sont la réalité même. Un seul d’entre eux, délivré de ses chaînes, découvre que la réalité est toute autre et que la vérité — le vrai savoir — n’a rien à faire avec ces fantômes. Ph. Fernandez reprend à sa façon ce mythe qui repose tout entier sur une conversion du regard dont l’aveuglement est un moment essentiel. Le personnage de Conte philosophique (La Caverne) arpente les escaliers et les espaces obscurs d’un bâtiment dont on découvrira par la suite qu’il s’agit d’un cinéma. Il s’intéresse non pas aux images mais à la source lumineuse responsable de ce monde d’ombres. C’est pour la trouver qu’il sort de la salle. Une forte lumière apparaît soudain. Il tente, ayant trouvé la cabine de projection, de déchiffrer les photogrammes d’un morceau de pellicule abandonné et de comprendre quelque chose à tout ça, puis se retrouve à l’extérieur du bâtiment dans une lumière aveuglante. Là, il essaie de marcher en plein soleil, mais ses pas accomplisà tâtons le transforment en arpenteur fragile et hésitant. Ce film raconte aussi une sortie du cinéma — le lieu dont s’extrait ce héros sans ego est orné du mot lux, mais cette lumière est à présent derrière lui comme dans le passé — comme si celui-ci était mort et que tout se jouait maintenant ailleurs que dans la salle de projection matricielle voire maternelle (à moins que cette sortie du cinéma permette l’accès à la réalité, même à tâtons, grâce à l’expérience de la lumière, ce qui ferait du cinéma l’instrument d’une lucidité renouvelée). Ph. Fernandez présente cette œuvre de la manière suivante : « Je proposais ainsi mon premier objet de “filmosophie”, entamant une démarche ayant pour but de solliciter, par le film, et non sans plaisirs cinématographiques divers, la capacité du spectateur à réfléchir, à penser le monde, et le cinéma par la même occasion. » Voilà pourquoi, qualifiés par un critique de « petits traités cinématographiques de philosophie burlesque », tous les films de Ph. Fernandez sont des allégories, des fables dans lesquelles l’étrangeté du monde et des choses est le ressort d’une méditation décalée sur l’existence humaine. Ils ne donnent jamais de leçon mais sont de petites machines élégantes et poétiques, habitées par des originaux et destinées à poser des questions (d’où le rôle attribué à la philosophie comme embrayeur d’images, comme point d’impulsion d’une véritable vision du monde animée par une sagesse excentrique et bienveillante). Ce qui est aussi, et fondamentalement, le rôle de l’art.


Philippe Fernandez est né en 1958 ; il vit à Paris.