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  Dominique Gonzalez-Foerster 

exposition temporaire
Ann Lee in Anzen Zone, 2000   

Ann Lee in Anzen Zone, 2000
DVD, Animation 3D, 3 min. 25
court. Galerie Jennifer Flay, Paris



Dominique Gonzalez-Foerster,
Ann Lee in Anzen Zone
, 2000

in cycle Vivement 2002 !, cinquième épisode
du 1er juin 2001 au 16 septembre 2001

Ann Lee, petite femme virtuelle qui nous est déjà devenue familière par les films de Philippe Parreno, « Anywhere out of the World » (2000), et de Pierre Huyghe, « Two Minutes out of Time » (2000), revient à la vie dans le film réalisé par Dominique Gonzalez-Foerster. Il n’y a pas si longtemps, Ann Lee reposait dans un catalogue de modèles de la firme graphique japonaise Kworks, sans autre avenir que d’attendre qu’un dessinateur en mal d’inspiration vienne animer sa mauve silhouette et ses grands yeux en amande. Philippe Parreno et Pierre Huyghe l’ont sortie de sa léthargie et lui ont donné un autre destin que celui d’un personnage secondaire de bande dessinée japonaise parfaitement codée en l’achetant pour en faire la créature d’un projet collectif, « No Ghost, Just a Shell ». Libérée, Ann Lee est confiée à l’imaginaire des artistes pour qu’ils travaillent avec ce « personnage bon marché, amené à disparaître très vite », et pour qu’ils lui prêtent « un caractère, un texte, une dénonciation, le plaidoyer d’un procès. Faire en sorte que ce personnage puisse vivre différentes histoires. Qu’il puisse agir comme un signe, comme un logo actif... »

Sous la pluie qui strie l’écran, Ann Lee murmure en japonais, de sa douce voix synthétisée, une prophétie menaçante : « Il n’y aura pas de zone de sécurité ('Anzen Zone', en japonais), vous allez disparaître de vos écrans […] Il n’y a nulle part où aller, absolument nulle part dans cet univers complètement perdu […] Vous serez tous envoyés vers un lieu sans retour, c’est un voyage vers nulle part. » Errant dans un vide sidéral, fantomatique personnage aux yeux sans fond, Ann Lee retrouvant son identité originelle japonaise, se confond et se détache de son double anglophone, monologue, de sa voix indéfinie, promesse de disparition, avertissement glacial, menace programmée. Silhouette adolescente au déhanchement maladroitement mécanique, être-miroir absorbant nos projections imaginaires, Ann Lee se déplace sur l’écran dans une lenteur poétiquement mélancolique. Elle nous touche, parce que nous voulons voir ce simple signe, produit destiné à un marché, capable d’absorber et de réfléchir ce que notre imaginaire projette.

L’industrie plus ou moins culturelle avait destiné cette créature manga à n’être qu’une vague héroïne de fiction bon marché et la voilà devenue, par une émancipation décidée par des artistes, un personnage en devenir, endossant, le temps d’une intervention artistique, les questions que se posent les artistes devant une image, une fiction qui « instrumentalise l’imaginaire collectif ». Elle montre comment, artiste ou spectateur, nous réagissons lorsqu’une « coquille vide » – autrement dit un simple dessin séduisant la part de notre sensibilité restée infantile, comme nous en livre par poignées la science-fiction bas de gamme – est habitée par un imaginaire s’ouvrant aux autres et à toutes les interprétations possibles.


Dominique Gonzalez-Foerster est née en 1965 à Strasbourg, elle vit à Paris.
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