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  Alex Hanimann 

expositions temporaires
No proof, no commentary, no double entendre  
Shifting, 2004  
Pawlow-Block  

Shifting, 2004




Alex Hanimann, Shifting, 2004

in cycle Mille et trois plateaux, cinquième épisode
Condensations  /  du 22 février 2006 au 7 mai 2006

L’œuvre d’Alex Hanimann décline, sur de nombreux supports, dessins, peintures, installations, vidéos, une réflexion sur le rapport entre l’homme et l’animal. Ainsi, « Pawlow Block », une série de quarante-cinq toiles, présentées au Mamco en 2001, joue sur le lien entre les images médiatisées des éthologues et l’objet de leurs expériences, alors que dans l’installation « Bird Watching » (2004), une cinquantaine de canaris soumettaient leur comportement, influencé ou non par les couleurs des murs de leur volière, à l’observation du public du musée.
Dans la vidéo « Shifting » (2004), l’artiste saisit l’occasion d’une rencontre entre sa caméra et un chien pour mener une expérience qui renverse peu à peu les représentations du spectateur face à l’animal. Filmé en 'night shoot' dans une rue parisienne, le plan-séquence met en présence l’artiste, et par procuration le spectateur, et un pitbull nerveux et muselé. Au fil de la balade, les craintes basculent. Le chien inquiétant est pris d’affolement face à cet intrus dont il n’arrive pas à déterminer l’intention, amicale ou hostile. Le renversement de comportement emporte le propriétaire du chien qui doit, pour avancer, s’astreindre à rassurer son animal jusqu’à le prendre dans ses bras. L’instrument de protection révèle sa dépendance.

A. Hanimann connaît intimement les processus de domestication. Son éducation paysanne n’est pas étrangère aux multiples exploitations formelles que l’artiste a développées sur ce thème. Ainsi, plus qu’une confrontation homme-animal, cette œuvre sous-entend aussi un rapport ville-campagne. La percée inquiète des réflexes de survie chez le chien, contribue peu à peu à présenter son espace urbain comme inadapté. Le comportement serein, calme, terrien de l’artiste révèle la lente désagrégation citadine de notre familiarité envers l’animal. Le 'night shoot' accentue la crainte commune de l’animal, sur laquelle joue d’ailleurs vraisemblablement la fierté du propriétaire. Il s’agit donc bien, ici, d’un renversement d’images.

Plus encore qu’une mise en jeu de la coexistence, du décalage (« Shifting ») sur lequel s’appuie notre tolérance aux animaux dans notre espace de sociabilité, la vidéo d’A. Hanimann nous parle de la nature de ces images volées. Le quasi noir-blanc du plan autorise une rupture chronologique et renvoie à l’histoire du médium. Dans les yeux et le comportement du chien se reflète l’objet caméra, étrange et artificiel, qui permet la saisie du réel. Son affolement instinctif nous rappelle que ce filtre est nécessairement présent pour que nous parviennent ces images, semblables à tant d’autres, que nous aimons à penser comme purement objectives. La confrontation se lit comme une métaphore du pouvoir du regard. L’effroi du pitbull répond à l’intrusion du spectateur faisant masse derrière l’objectif. Le spectateur est agissant, puissant et terrifiant. Cette première rencontre avec un homme à la caméra nous rappelle que notre nonchalante familiarité avec les images en mouvement et leur support technique n’est qu’une question d’apprentissage. Cette fable est d’une cruelle actualité.


Alex Hanimann est né en 1955 à Mörschwil, il vit à Saint-Gall.