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  IFP 

exposition temporaire
L’Épreuve du jour

W2
W3
IFP
Grande Surface, 1987-2010,
peinture acrylique (murale) et strapontin marron
coll. Le Consortium, Dijon

De temps à autre, 1985-2010
ensemble de 10 caissons lumineux aluminium, tubes fluorescents, duratrans, méthacrylate
coll. IFP

de gauche à droite :
Générique (écran), 1989
scanachrome sur bâche
coll. IFP
Ciel (paravents), 1991
sérigraphie, bois, aluminium, roulettes (œuvre constituée de 3 paravents, de 4 panneaux chacun)
coll. IFP

Commande à distance, 1985
acier galvanisé, tubes fluorescents, duratrans, méthacrylate, 50 x 70 x 20 cm
coll. IFP




INFORMATION FICTION PUBLICITÉ, L’Épreuve du jour

in cycle Futur antérieur, séquence d'automne-hiver 2010
Logiques / du 20 octobre 2010 au 16 janvier 2011

Fondée en 1984 par Jean-François Brun, Dominique Pasqualini et Philippe Thomas réunis sous le label IFP, l’agence a existé jusqu’à la fin de l’année 1994 (en 1985, P. Thomas quitta l’entreprise). Le Mamco propose la première rétrospective de cette entité collective active dans le domaine de l’art pour laquelle « la fonction de l’artiste, c’est de ne plus en avoir » et qui pose notamment la question de la place et de l’identité de l’auteur dans ce qu’il est convenu d’appeler une œuvre.


« Quand l’art nous saisit, il devient alors indifférent de savoir qui l’a effectivement fait : l’artiste, l’industrie avant lui, l’artisan d’après lui, l’espace d’exposition, le regard, le temps. » Pour IFP, la question du producteur, de son repérage et de sa désignation, importe beaucoup moins, dans l’art notamment, que l’activité qui consiste à déjouer la subordination d’une œuvre à la signature d’un individu. IFP est ainsi une personne morale et un logo qui dissolvent l’identité des personnes — des dirigeants — qui les font vivre. On peut même parler ici de marque de la même manière que pour FIAT, Renault ou Apple. Ce sigle (nom de société ou d’agence commerciale), « c’est un emblème, mais c’est aussi éventuellement un diagnostic de ce qu’est l’art, notre définition de l’art en général, à savoir que l’art est une affaire d’information, de fiction et de publicité », disent D. Pasqualini et J.-F. Brun. Le mot publicité qualifie ici ce qui a un caractère public, preuve de la dimension communicationnelle d’IFP qui utilise le langage et les outils de la publicité pour déjouer leur logique. Au moins trois formes récurrentes peuvent être repérées dans cette exposition. Le ciel bleu parcouru de nuages tout d’abord qui est une « image générique » de l’activité de l’agence et qui est décliné, dans une des plus vastes salles du Mamco, en une série de caissons lumineux suspendus qui rappellent de classiques plafonds peints, en une projection et sur de grands panneaux verticaux en bois amovibles. Il s’agit d’une sorte de sigle visuel complémentaire du logo IFP et qui serait une manière de publicité pour le ciel — et donc de publicité impossible — suffisamment répétitive pour être associée à la vie de l’entreprise et trop peu déterminée pour transmettre un message formaté. Une « publicité » dont il resterait à produire soi-même le contenu. Le plot ensuite (deux sont présentés), construction ambiguë, étrange et mélancolique constituée d’un socle circulaire en ciment d’une trentaine de centimètres de haut relié par un câble à une prise électrique. Sur l’objet est inscrit en toutes lettres le nom INFORMATION FICTION PUBLICITÉ accompagné du sigle IFP. S’agit-il du socle d’une sculpture a priori classique, d’un matériel de communication destiné à un salon professionnel, d’un objet minimaliste ou bien d’une forme orpheline sans véritable appartenance généalogique ? Probablement de tout cela en même temps. Enfin Plein feu (1987) et Information Fiction (Publicité) (1988-2010) utilisent des strapontins pour faire œuvre et pour permettre aux spectateurs de participer vraiment au travail en s’asseyant dessus, ou bien alors de regarder les spectateurs regarder les pièces, une façon d’inscrire aussi ce travail a priori austère et économe de ses moyens dans une dimension profondément ludique. Plein Feu ressemble par ailleurs à une vaste intervention de Niele Toroni qui aurait échangé les marques de pinceaux avec des objets concrets et fonctionnels. Ici, IFP fait de ses explorations non personnalisées des outils ouverts qui s’adressent vraiment au public en permettant à ce dernier de donner tout sens à ce que publicité — autrement dit espace public — veut dire (« l’art fait partie prégnante de la vie », soutiennent D. Pasqualini et J.-F. Brun).
IFP a de glorieux antécédents dans l’histoire comme le Bureau des recherches surréalistes et reste, dans l’époque, en bonne compagnie aux côtés de N. E. Thing & Co. ou de General Idea, autant de structures collectives et/ou entrepreneuriales avec lesquelles elle entretient des échos et qui ont toutes, à leur façon, voulu délocaliser le travail artistique. Ainsi auront-elles toutes tenté de dépasser la notion d’auteur pour ouvrir la pratique artistique à une production de formes et de sens non tributaires de la signature d’une personne, laquelle est bien souvent transformée dans le monde de l’art en fétiche autrement dit en un objet ou en un signe dotés d’un pouvoir quasiment tyrannique.


Steeve Iuncker est n é en 1969 à Genève où il vit.