2_1 MAMCO 2_1 AGENDA PRESSE CHRONIQUES MISCELLANEES RADIO FILMS
4_1 EXPOSITIONS COLLECTIONS ARTISTES PUBLIC EDITIONS MUSEE INFORMATIONS

 

COLLECTIONS_PRESENTATION COLLECTIONS_ARCHIVES
A B C D E F G H i J K L M N O P q R S T u V W x y Z
    
  Anne Marie Jugnet & Alain Clairet 

expositions temporaires
Un abrégé  Jugnet et Clairet
Alpine + Cadiz, 1997-2003   Jugnet et Clairet

Anne Marie Jugnet
présentation des collections / archives
Nord 2  

Jugnet et Clairet_1
Jugnet et Clairet_2
Jugnet + Clairet, Nuage # 6, 2006
Coll. des artistes, © 2011, ProLitteris, Zürich

Jugnet + Clairet, Atlantic Ocean #2, 2001
Coll. des artistes, © 2011, ProLitteris, Zürich



Jugnet + Clairet, Un abrégé

in cycle L’Éternel Détour, séquence automne-hiver 2011-2012
du 19 octobre 2011 au 15 janvier 2012

« Anne Marie Jugnet & Alain Clairet vivent et travaillent ensemble. » C’est, depuis 1997, par cette déclaration liminaire que ce duo d’artistes français aime à se présenter autant qu’à se définir. Et cela non pas tant parce que l’art participerait à leur vie et leur vie à l’art – ce qui n’est malgré tout pas tout à fait faux – mais parce que chez eux la question de la littéralité est essentielle : les choses y sont ce qu’elles sont, dans leur apparence comme dans leur nature, dans leur présence comme dans leur concept.

Aussi, qu’elles investissent le texte visuel (les projections ou les néons) ou sonore (installations), l’objet (les drapeaux), la photographie (les séries des « extravagants » ou des « ciels »), ou bien entendu le tableau, leurs recherches visent-elles toutes à comprendre comment justement naissent certains mots, certains artefacts, certaines images, certaines représentations, et pourquoi ceux-ci nous fascinent-ils autant, alors même que notre réel contemporain tend, au contraire, à la saturation, au nivellement comme à l’indistinction. Il nous faut encore ajouter que, pour Anne Marie Jugnet & Alain Clairet, représenter c’est définir, définir c’est analyser, analyser c’est comprendre, comprendre c’est se réapproprier le processus de production d’une chose donnée qu’a mis à jour l’exercice d’analyse et de compréhension du réel auquel elle appartient ou dans lequel elle s’inscrit. Aussi, loin de se satisfaire strictement des fondements premiers de l’art minimal puis de l’art conceptuel, leur travail met-il en place un protocole d’actions qui place le « faire » de l’œuvre comme acte de traduction du réel à sa représentation. Dès lors, leur pensée critique relève également de ce « déplacement procédural » de l’émergence de l’image dans le champ du réel à son mode de production dans le champ du pictural. Car il ne s’agit plus de représenter ou reproduire au sens commun du terme, mais de rejouer sans cesse la production des enjeux de la représentation de l’image dans notre monde contemporain. Autrement dit, une sorte de « révolution permanente du langage pictural ».

[…] « Ce n’est pas en questionnant la forme que l’on crée de nouvelles formes, mais en produisant les nouvelles conditions de leur émergence. Naissent alors d’autres figures et d’autres possibles. C’est dans ce questionnement de l’image (au bord de l’épuisement) que se situe notre réflexion. »

[…] Leur dernière série de peintures – les « Switch » – ne regarde plus frontalement le réel ou la représentation du réel, comme l’on fait face à l’écran d’une télévision ou d’un ordinateur, mais à l’intérieur et de l’intérieur. Aussi, n’est-on plus ici ni devant une fenêtre, ni d’un côté ou de l’autre d’un cadre, ni au-dessus d’une table, ni en-dessous d’une grille, ni face à un tableau-écran, mais à travers le tube qui génère l’image et, en deçà, les composants fondateurs de l’image. En effet, les « Switch » s’attachent au moment où la télévision s’éteint, ce court instant où l’image se compresse sur elle-même pour finir en un point qui s’éloigne à l’infini puis quitte le lisible sinon le visible – ou plutôt rejoint cette tâche aveugle du tube cathodique que notre vision humaine ne peut atteindre, mais où il reste présent comme un œil cyclope, là encore en attente d’une réouverture. Et ce qui restait encore de perceptif ou de rétinien y cède la place au productif ; ce qui restait encore de formes y cède la place à une turbulence de la figure. Car, il reste dans ces figures lumineuses et colorées quelque chose encore de l’image, de sa trace ou de sa mémoire, ou tout du moins quelque chose de son mode d’accession au visible. Et Anne Marie Jugnet & Alain Clairet semblent justement se placer là, à l’intérieur de ce point d’absorption de l’image, comme s’il fallait basculer et retourner le tableau-écran du côté du trou noir de sa production ; à l’instar du tableau « Alpine, TX # 193-1 » présenté pour la première fois à La Fiac sur le stand de la Galerie Carlier-Gebauer de Berlin.

Aussi, plutôt que de reproduire ou représenter le monde, Anne Marie Jugnet & Alain Clairet dé/produisent-ils l’image que le monde se donne. Ce faisant, ils interrogent aussi bien le cœur de l’image que son actualité. De même, leurs tableaux ne sont pas plus abstraits que figuratifs, ils sont le champ même où l’image advient au visible à travers une représentation non située dans l’espace, ainsi que nous le permet aujourd’hui la numérisation informatique qui fait basculer analogiquement (ou se superposer scrupuleusement) la capture de l’image et sa restitution, avant même toute idée de figuration. Et ce nouveau champ de possibles pour l’espace pictural qu’ils viennent juste d’entreprendre semble d’une fécondité sans limites.

Charles-Arthur Boyer, extrait de « Anne Marie Jugnet & Alain Clairet. Les enjeux d'une peinture dé / productive » in « Art Press », n° 287, février 2003.


Anne Marie Jugnet est née en 1958 à La Clayette, Alain Clairet est né en 1950 à Saint-Maur-des- Fossés ; ils vivent à Paris.
www.jugnetclairet.com