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  Jean-Marie Krauth 

exposition temporaire
Que faire ?, 1999-2003   

Que faire ?, depuis le 23 février 1999
estampe sur le rabat d'une enveloppe ;
dimension variable

Le Tibétain (Tibet)
Le Cémukî
Le Sindhi (Inde)

Jean-Marie Krauth, Que faire ?, 1999-2003

in cycle Patchwork in Progress 5
du 24 février 1999 au 31 décembre 2003

L'aviez-vous remarqué ? Depuis le 23 février 1999, tout le courrier que vous recevez du Mamco est estampillé sur le rabat de l'enveloppe d'un nouveau timbre. Vous l'avez vu, mais vous ne l'avez pas compris. Dans ce cas vous n'êtes pas polyglotte, ce qui vous sera malgré tout pardonné car les langues qui se sont succédées jusqu'à aujourd'hui ont été le hindi (jusqu’au 31 mars), le wallisien (jusqu’au 21 juin), l'albanais (jusqu’au 28 juillet) et le coréen. Le russe, le japonais, le danois, le vietnamien, le néerlandais, le iaai (île de la Loyauté), le xârâcùù (dialecte canaque), l'occitan… prendront le relais jusqu'en 2003. Parallèlement, les tampons seront édités, comme autant d'œuvres originales, sous forme de cartes postales disponibles sur un présentoir au Mamco ; et, quand la série sera parvenue à son terme, ils seront rassemblés dans un livre.

Conçue spécialement pour le Mamco, cette série de timbres « prend en compte, selon les déclarations de l'artiste, les voyages et les rencontres de l'auteur » – les tampons étant en effet réalisés dans le pays même où la langue est utilisée. Jean-Marie Krauth précise également qu'« il s'agit d'un travail disséminé, ne pouvant être appréhendé dans sa globalité que conceptuellement ». Dénués de tout pittoresque touristique, ces timbres, tous différents, créent un paysage mental élargi aux dimensions de la planète et qui va en se modifiant au fil des envois.

De manière plus globale, c'est tout le travail de J.-M. Krauth qui peut être considéré comme une forme de balisage destinée à susciter des images autour d'un espace ou d'un lieu – parfois au moyen d'interventions infimes. L'exemple le plus significatif en est « Stèle pour une étoile » (1986) qui consiste en une simple inscription sur une stèle au bord d'un étang, près d'Altkirch (Alsace) : « La nuit du treize au quatorze mars, l'année de la comète, une étoile s'est jetée dans cet étang. » Célébrant le passage de la comète de Halley, cette petite borne funéraire, presque invisible, sert en fait d'embrayeur à une histoire qui transfigure le paysage. La transformation de l'espace – qui est en soi une propriété neutre, indifférenciée, fonctionnelle – en un lieu ou un territoire est un des traits les plus communs de l'expérience humaine. Face à la prolifération de ces espaces qu'un sociologue comme Marc Augé qualifie de « non-lieux » (aéroports, grandes surfaces, moyens de transport...), le travail de J.-M. Krauth témoigne d'une volonté de reconquérir l'imaginaire, de réinjecter de la fiction dans les pratiques sociales. C'est parfaitement sensible dans un énoncé réalisé en néon dont il s'est servi dans deux installations : « Imaginez une obscurité intense, si opaque qu'elle en est presque solide. »

« Imaginez… », le même impératif est signifié en creux dans chaque œuvre de J.-M. Krauth. Il vous contraint à vous interroger sur les signes, les symboles, les langages, les mythes qui sont le propre de la communauté humaine, même et surtout lorsqu'ils nous restent inaccessibles. Vous en êtes encore à vous demander si ces timbres postaux ont une signification. Certes : « Que faire ? »


Jean-Marie Krauth est né en 1944 à Haguenau en Alsace, il vit à Strasbourg.