2_1 MAMCO 2_1 AGENDA PRESSE CHRONIQUES MISCELLANEES RADIO FILMS
4_1 EXPOSITIONS COLLECTIONS ARTISTES PUBLIC EDITIONS MUSEE INFORMATIONS

 

COLLECTIONS_PRESENTATION COLLECTIONS_ARCHIVES
A B C D E F G H i J K L M N O P q R S T u V W x y Z
    
  Christian Lhopital 

exposition temporaire
Mauvais état, 2003   

Vues partielles de l'exposition



Christian Lhopital, Mauvais état, 2003

in cycle Rien ne presse / Slow and Steady / Festina lente, troisième épisode
Eau & Gaz à tous les étages  /  du 28 février 2003 au 20 avril 2003

[...] Dans les ensembles « Broken shadows » (série de 27 dessins, 1998) et « Erased move » (série de 40 dessins, 2000), Christian Lhopital rend sensible une certaine prescience cinématique du dessin. Avec les « Erased move », il nous donne à lire d’un côté à l’autre de la feuille, le gommage du dessin d’une petite bestiole poilue engluée d’acrylique blanche. L’objet qui fait pièce à une série de dessins est étrange, seuls deux yeux noirs émergent de la blancheur épineuse du corps, ébaubis devant leur propre image dessinée mais en voie de disparition. Tragique destin d’une créature mi-sculpturale mi-picturale, assurément, y compris pour les marmottes en peluche, le monde n’est plus une chambre d’enfant... Tout comme le mouvement d’une horloge efface les secondes pour les rejeter dans le néant du passé, le mouvement de balancier de la gomme à bout de bras, est un geste compulsif, trahissant habituellement la gaucherie, le désir d’effacer toute trace d’un dessin inavouable. Ce geste de Christian Lhopital devient le principe re-constitutif d’un dessein, où un outil voué à la déconstruction par l’orthodoxie technique ordinaire, est ici retourné pour donner sa grâce au dessin. La gomme, les doigts, le chiffon, deviennent alors, comme dans d’autres oeuvres, les instruments qui révèlent un caractère libre et résistant de l’artiste. [...]

Pour Christian Lhopital, la gomme, ne se réduit pas à un petit bloc de repentir sous la pulpe des doigts ; effacer, chiffonner, c’est dessiner. [...] La manière de Christian Lhopital est celle d’un useur d’images. Il en polit le sens au plus près de l’être, par-delà la rétine, tout comme le souhaitait Degas dans la série de paysages montrés chez Durand-Ruel. Pour Christian Lhopital, l’usage de l’usure est même sensible à travers le choix de l’un de ses matériaux d’élection : le graphite n’est plus seulement l’âme d’un quelconque crayon, en poussière il est usé au-delà de sa « durée de vie » solide normale. [...]  

Dans le travail direct, à même la feuille, d’un pulvérin graphité pour les six dessins de « Deux à trois gouttes de sauvagerie » (série de 6 dessins de 1999 présentés au Mamco au cours de l’été 2002 dans « Jokes »), Christian Lhopital opte pour l’utilisation de la plus simple des « ponces » sans poncif : les doigts de l’artiste. Un dactylogramme coloré donne même sur certains dessins l’indice de leur présence. Les figures flottent sur chacune des six pages, leurs positions relatives aux limites du format sont à la fois contenues et ironiques. Il y a là une forme d’humour assez japonais dont on trouve l’origine chez l’un des plus féconds artistes de l’ukiyo-e, Hishikawa Moronobu, à qui l’on attribue souvent l’« Yoshiwara mura » de 1960 où ce flottement des corps à la surface du papier donne la pleine mesure de la geste amoureuse sur le rectangle du lit. [...]

L’usure dont Christian Lhopital structure ses « Erased move », est horizontale de droite à gauche ou de gauche à droite, on ne saurait dire, mais elle reste translation, elle écrit le blanc de la vitesse à l’horizon de la page, elle est une ouverture, et non une simple disparition. [...]

Face à la cataracte d’images, que déversent quasiment à la verticale de nos têtes les technologies contemporaines, Christian Lhopital préfère une cinématique horizontale, hommage à la véritable origine technologique du cinéma, celle d’Étienne Jules Marey en 1882. Dans un des dessins de la série des « Broken shadows », Christian Lhopital met en œuvre une suite horizontale où la photographie collabore, tout comme chez Marey, à la naissance du cinéma : une petite fille court vêtue y figure, en noir et blanc, habillée de blanc et de probité candide. Debout sur une estrade, elle prend place au milieu de ses concurrentes dessinées alignées comme pour un concours de beauté ou un casting. À leurs pieds un parterre dont on peut évaluer la concupiscence ne les regarde pas, ce sont elles qui les toisent, qui nous toisent... Dominant la scène en haut du format, un feston d’ornithorynques mateurs laissent pendouiller leur bec et les yeux ; c’est une sorte de drame qui se joue là, entre la verticale et l’horizontal... [...]

À sa manière, Christian Lhopital pose la question de la persistance rétinienne et interroge la psychophysiologie de la perception visuelle humaine. C’est en 1823 que le docteur Paris, un médecin anglais, découvre la persistance rétinienne et ses conséquences. Une perception sensorielle visuelle persiste environ un tiers de seconde après que l’excitation rétinienne a eu lieu. On voit mieux ici, pour la compréhension du fonctionnement du regard humain, l’importance et la nécessité d’une grande précision dans la manière de mesurer le temps... [...]

Paul Cabon, extrait de « Du grauche à droite ou l'éloge de la gaucherie adroite », in « Christian Lhopital, Turbulences », Vénissieux, 2002


Christian Lhopital est né en 1953 à Lyon où il vit.