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  Jean-Jacques Lebel 

exposition temporaire
Soulèvements II, 1951-2013  

Jean-Jacques Lebel 1
Jean-Jacques Lebel 2
Jean-Jacques Lebel 3
Vue partielle de l'exposition

Drapeau, 1989
courtesy galerie Louis Carré & Cie

Reliquaire pour un culte de Vénus, 1977

Grand Tableau antifasciste collectif, 1960
coll. Musée Cantini, Marseille
 


Jean-Jacques Lebel, Soulèvements II, 1951-2013

in cycle L’Éternel Détour, séquence été 2013
du 5 juin 2013 au 15 septembre 2013



Soulèvements II (1951-2013) n’est pas une rétrospective consacrée à l’œuvre de Jean-Jacques Lebel. Il s’agit plutôt d’une traversée non exhaustive de plus de cinquante ans de création qui rend compte des différentes directions prises (collages, happenings, dessins, tableaux, installations, assemblages...) par une véritable entreprise d’exploration des limites de l’art et des institutions qui le montrent. Son titre fait écho à la rétrospective de l’artiste proposée par La Maison rouge à Paris à l’automne 2009, Soulèvements.


Occupant la totalité du deuxième étage du Mamco, l’exposition montre les premiers tableaux de Jean-Jacques Lebel réalisés en 1951. Ce parcours est marqué par le désir très vite affirmé de sortir des formes cardinales  de l’art pour ouvrir l’univers plastique à de nouvelles explorations radicales.
C’est ainsi que J.-J. Lebel a réalisé à Venise  en 1960 le tout premier happening européen L’Enterrement de la Chose, cette « Chose » étant une sculpture de Tinguely portée jusqu’à sa dernière demeure à travers une procession dans la ville et sur ses canaux après l’assassinat de l’œuvre (l’exécution de l’art comme art). Jusqu’en 1968, il multipliera les happenings à travers le monde (plus de soixante-dix seront accomplis) faisant de ces interventions la forme privilégiée de son travail. Après cette date, il décide de ne plus l’utiliser considérant qu’elle est trop répandue dans le milieu de l’art pour être encore pertinente. Soulèvements II montre sur un mur, aux formats A3 et A4, près d’une centaine de photos de ces happenings, moments éphémères et collectifs, à jamais perdus comme tels, qui sont ici visibles à travers des archives signées et titrées par l’artiste. Ces images mettent en évidence la place prédominante prise par le corps et l’expression dionysiaque de ses pulsions dans une pratique artistique inassimilable par le marché de l’art. Aux yeux de J.-J. Lebel, Les Avatars  de Vénus (2003) — autre moment de ce parcours — est une des pièces clefs de cette exposition. Il s’agit d’une projection d’images de la féminité sur quatre écrans, visibles des deux côtés, installés à l’intérieur d’un cube. « Les regardeurs peuvent y déambuler à leur guise tandis que défile un “collage” aléatoire en évolution continue. On assiste à la morphogenèse de la vénusté. Chaque carambolage d’images produit de nouveaux “morphes”. […] ce n’est pas du cinéma mais plutôt de la peinture en mou- vement, “en train de se faire” », confie-t-il. Là aussi se vérifie la volonté de transgresser les catégories artistiques en faisant du déambulateur l’autre nom du regardeur, à travers une installation qui est également une traversée de l’histoire de la représentation du désir et du corps féminin. Parmi les œuvres les plus frappantes de cette vaste présentation, le Grand tableau antifasciste collectif (automne 1960) réalisé par Erró, Enrico Baj, Roberto Crippa, Gianni Dova, Antonio Recalcati et J.-J. Lebel, montré, à l’époque de sa création, dans toute l’Europe, illustre l’engagement politique de l’artiste et la dimension collective de son univers, visible également dans le Tableau collectif (2006). Autre moment marquant de ce parcours,  le labyrinthe d’images créé à l’occasion de Soulèvements II : trente-huit images de torture prises sur Internet sont imprimées en couleur sur des lés de tissu qui composent les côtés du labyrinthe, tandis que sur les murs sont visibles en noir et blanc les résultats des désastres causés par les guerres, mais sans que soient présentes les victimes. Pour J.-J. Lebel, l’art existe pour dire le refoulé et pour montrer l’insoutenable, quitte, pour ce faire, à choquer le confort moral et intellectuel de chacun.
Il faut souligner à quel point l’idée et la procédure deleu- ziennes et guattariennes du rhizome sont au cœur du travail de J.-J. Lebel : elles impliquent que l’activité artistique produise des connections proliférantes, des voisinages, des rapports non hiérarchisés entre les êtres et les choses — des amitiés — qui étendent l’espace de vie de chacun et ouvrent à de nouveaux versants du processus de subjectivation, lequel est sans cesse à explorer. Et, de fait, l’œuvre et la vie de J.-J. Lebel sont aussi marquées par des compagnonnages (André Breton, Marcel Duchamp, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Allan Kaprow, Allen Ginsberg...) qui font intégralement partie de son univers artistique et d’une façon de considérer l’artiste comme un passeur de formes, d’idées, d’intensités, comme un activateur de rencontres. C’est donc aussi en une somme de voisinages et de connexions que consistent ces Soulèvements II et leurs identités rebelles.


Jean-Jacques Lebel est né en 1936 à Paris où il vit.