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  Natacha Lesueur 

expositions temporaires
Je suis née etc.   
Il faut toujours plaire !, 2000-2001   

Vues partielles de l'exposition

Sans titre, 2001
diptyque, photographies couleur contrecollées sur Dibond, plastifiées ultrabrillant ; 120 x 200 cm chacune
coll. de l'artiste
court. Galerie Praz-Delavallade, Paris



Natacha Lesueur,
Il faut toujours plaire !
, 2000-2001

in cycle Vivement 2002 !, quatrième épisode
du 21 février 2001 au 29 avril 2001

Des yeux immensément ouverts, les cils allongés dans leur noirceur peinte face à des jambes coupées du reste du corps par le cadrage photographique… Entre ces yeux et ces jambes, un espace : celui du regard. Un regard qui se pose et effleure leur forme et la peau mise à nu. Pour s’apercevoir que la surface épidermique a reçu un étrange traitement. Des empreintes la marquent, des légumes la parent. Un « maquillage » énigmatique qui masque et démasque le corps. Depuis ses tous premiers travaux en 1994, Natacha Lesueur s’est attachée à montrer des images déroutantes, soit par leur contenu même, soit par leur cadrage et leur mise en scène. Le corps, principalement féminin, y est sujet de prédilection. Un corps qui, passé dans les mains habiles d’un institut très particulier, porte à même sa peau les accessoires hétéroclites qui, habituellement, enjolivent les vêtements.

S’il fallait inscrire le travail de N. Lesueur dans une histoire artistique, ce n’est pas tant dans la lignée des artistes du 'Body Art' des années soixante – soixante-dix que celui-ci trouverait sa place, mais plutôt du côté de Cindy Sherman et du simulacre. Le corps comme objet, sujet et instrument du monde a perdu sa « vérité » d’expression ; l’épiderme meurtri, blessé n’est plus un langage libertaire, soumettant à la question les déterminismes collectifs, les institutions, les codes, les mythes et le poids des rituels. Pour autant N. Lesueur ne croit pas non plus à toutes ces feintes qui rassurent en plaisant aux miroirs.

Il y a toujours, dans la manière dont elle se saisit des corps, quelque chose de « décalé » en regard du « corps-image » comme du « corps-vécu ». La pose de ses modèles, leur cadrage et le décor qui les entoure, sont légèrement grinçants – « un mélange de luxe et de sale » –, juste ce qui faut pour que leur rendu photographique, aussi parfait que les clichés de mode sur papier glacé, s’évanouisse dans ce détournement du glamour standardisé des magazines féminins. Sans dissimuler les subterfuges dont elle se sert – qui ne requièrent que le regard pour être découverts, même si le procédé précis et méticuleux est laissé à l’imagination – N. Lesueur marque les corps d’empreintes qui narguent l’irréversibilité. Comme les dessins d’une chaise cannelée sur des cuisses estivales, les scarifications temporaires des corps photographiés s’effaceront bientôt. Ils portent les traces de boutons, de dentelles, de rubans, d’ajourés, de lettres d’un alphabet ophtalmologique incrustés par un pansement élastique ou un cataplasme irritant, mimant le vêtement qui le met en valeur (pour, parfois, mieux le cacher). Fine gastronome, N. Lesueur destine (en partie) ses recettes culinaires au regard plutôt qu’aux papilles gustatives : concombres, choux-fleurs, brocolis ou crépines de porc ont aussi leur rôle à jouer dans les manipulations corporelles décoratives…

À l’heure des manipulations biologiques, des procédés de clonage, de la fascination des corps standardisés sous un label de beauté, les images de N. Lesueur nous rappellent que le corps est codifié par les valeurs sociales et que, démaquillé de ces signes, il est démuni et reste énigmatique et paradoxal.


Natacha Lesueur est née en 1971 à Cannes, elle vit à Paris.
www.natachalesueur.com