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  Gérald Minkoff 

exposition temporaire
Un portrait   

présentation des collections
L'Escalier   

Vues partielles de l'exposition

de gauche à droite :
Jean Méroz, Portrait de Gérald, 1942-1943, photographie retouchée ; Anonyme, Vase portatif, 2006, plastique ; Nguyen Ngoe Thien, Frida Kahlo, portrait aux singes, 1934 (1999), peinture commerciale, Saigon, Vietnam ; Anonyme, Singe peintre, jouet, automate, Japon
Toutes les oeuvres : coll. GM-MO

de gauche à droite :
Gérald Minkoff, Projet d’affiche pour le Ciné-Club Universitaire de l’Université de Genève, 1964
feutre et collage de journaux découpés, coll. GM-MO ;
Anonyme, sculpture, Nyawezi du Nord, Tanzanie, nd

Gérald Minkoff, Ars Gratia Artis, 1982
2 diptyques, peinture sur polaroïd et anti-glare
coll. GM-MO









Gérald Minkoff, Un portrait

in Futur antérieur, séquence d'automne-hiver 2010
Logiques  /  du 20 octobre 2010 au 16 janvier 2011

L’art était son mode d’expression mais le vrai domaine de Gérald Minkoff, c’était le monde. Il commence à le découvrir en s’embarquant, âgé d’une petite vingtaine d’années, sur un cargo entre les Amériques. Cette appétence pour l’inconnu, qui ne le quittera jamais, le portait à s’intéresser aux civilisations, aux cultures, aux mythes, aux langues comme aux paysages, aux animaux ou aux minéraux. Homme de toutes les cultures, il ne pouvait concevoir que la connaissance puisse être bridée.

L’art ne saurait être restreint à l’art. La pratique artistique de G. Minkoff se nourrisait de son érudition — il avait aussi étudié la biologie, la géologie et l’anthropologie — de sa curiosité inaltérable et du regard qu’il portait sur le monde, un regard souvent décalé qui ne cessait d’étonner ses interlocuteurs.
Passionné de cinéma, il fut un des premiers artistes européens à comprendre les particularités et les spécificités de la vidéo et en faire un lieu d’expérimentation artistique. Dès la toute fin des années 1960 il présente des bandes vidéo, des images en circuit fermé en regard, parfois, de tableaux anciens et introduit le laser dans ses installations.
Le jeu de réflexion(s) traverse la mosaïque de ses œuvres. Le double, le double inversé, n’est jamais une simple réplique de lui-même mais fait naître une réalité autre que celle immédiatement perceptible. G. Minkoff s’est appliqué, souvent avec humour, à « montrer » que la photographie est trompeusement représentation fidèle de la réalité et que l’autoportrait est illusoire vérité. Les identités réversibles, où toujours flotte le doute, sont des révélateurs d’une vérité sous-jacente, une mise en lumière des choses que l’œil ne voit pas.
Amoureux des mots dans lesquels il aurait voulu retrouver « la magie du verbe, au sens fort, incantatoire », aujourd’hui perdue, G. Minkoff raffolait des palindromes qu’il ne considérait pas comme de purs exercices de style et sympathiques jeux de langage : « Quel que soit le sens, il ne change pas de sens et pourtant cet aller-retour nous révèle du sens en plus : c’est le miroir qui se met à réfléchir à la place de celui qui regarde. » Rassemblés dans une petite publication (Tir cet écrit, éd. Mamco 1997), les palindromes sont également liés à la production d’objets sur des supports variés : inscrits sur de grandes banderoles, écrits en lettres de néon ou de céramique, peints en or sur des assiettes, brodés sur des casquettes ou des housses de dossiers de chaises.
G. Minkoff, qui ne s’est jamais départi du sens premier de Video — je vois —, a utilisé de manière récurrente le braille comme « métaphore de l’intériorisation du regard, mais impliquant de facto le toucher ». À dessein il fait allusion à la cécité, à notre capacité à rester aveugles face à maintes choses. De la même manière qu’il a traité le palindrome, il fait entrer le braille de plain pied dans son travail plastique. Dès 1970, il « enlève son relief au braille [pour] lui donner de la couleur », les points de l’alphabet sont alors collés sur l’écran d’un moniteur, projetés en points lumineux, dessinés à l’aide de branchages, modulés dans des volumes de béton. Le double — indissoluble de la démarche de G. Minkoff — endosse, dans ces travaux en braille, la forme d’« équivalents ». Œil-main, Kunst-Natur, Vision-Vierge : chacun des mots de ces duos s’écrit en braille en un même nombre de points. Joyeuse facétie ? Aux spectateurs qui veulent suivre cette mise en jeu de s’interroger sur une signification possible de ces passages d’un mot à l’autre…
L’univers thématique de G. Minkoff est habité par Miss Under standing (1970), figure ambiguë, qui comprend tout et pourtant rien. Artifice purement minkoffien, il est à l’image de cet artiste qui affectionnait le paradoxe. Adepte de l’esprit duchampien, il était imprévisible, inattendu, dans ses conversations comme dans son art qui est à l’aise dans la compagnie de Fluxus pour qui la vie est plus importante que tout.
On ne saurait isoler totalement le travail de G. Minkoff de la part commune avec Muriel Minkoff-Olesen. Vie amoureuse et duo d’artistes, alchimie fondée sur l’altérité et la connivence, ils firent œuvre individuelle et commune. À l’exemple de cette belle série Les Météorites de l’amour : au fil de leurs voyages, chaque matin d’une première nuit passée dans un nouveau lit, ils rassemblaient la literie en une grosse boule, une météorite, qu’ils photographiaient côte à côte.


Gérald Minkoff est né en 1937 à Genève, il est décédé en 2009 à Arbocet (Espagne).