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  Richard Nonas 

exposition temporaire
Riverrun (from Swerve to Bend)  

Pierre-Olivier Arnaud
Vue de l'exposition


Richard Nonas, Riverrun (from Swerve to Bend)

in cycle L’Éternel Détour, séquence printemps 2013
du 20 février 2013 au 5 mai 2013


Né à New York en 1936, l’artiste américain Richard Nonas se consacre à la sculpture à partir du début des années 1970 après avoir suivi des cours de littérature et d’anthropologie sociale, et après avoir passé une dizaine d’années à étudier les indiens d’Amérique (au Mexique et aux États-Unis) et du Canada (Inuits). Présentée pour la première fois en 1996, la sculpture a été installée ce printemps par l’artiste dans une nouvelle version à laquelle il a adjoint des pièces murales en bois. Riverrun (from Swerve to Bend), exprime avec beaucoup de justesse son approche de la sculpture et de l’espace.


Compos ée de trente-sept pièces en acier de même longueur et d’une hauteur variable, cette œuvre peut être montrée de différentes manières : on peut utiliser la totalité des modules ou bien simplement une partie. C’est dire qu’elle s’adapte au lieu qui l’accueille et qu’elle reconfigure par ailleurs. Car cette sculpture, en dépit de son ampleur horizontale et de son hiératisme, n’est pas inerte : elle introduit une tension ouverte dans le Plateau des sculptures, un dynamisme qui agrandit l’architecture, qui la fait respirer. Cela provient sûrement de son adaptabilité au lieu. Nonas décrit lui-même de la manière suivante son travail de mise en situation de la forme, de spatialisation de la sculpture : « J’installe chaque sculpture pour rouvrir puis fermer la partie du monde où elle est mise. Je l’installe pour transformer une histoire réelle nouvelle en existence humaine. J’installe ma sculpture pour donner forme au passé changeant. Pour reconnaître la possibilité même de l’histoire dans un monde qui s’enfuit. » Riverrun (from Swerve to Bend) dépend du cadre spatial dans lequel elle est installée (en ce sens il s’agit d’un travail in situ), mais ce cadre n’est pas unique et immuable, il peut jusqu’à un certain point varier (contrairement à la plupart des œuvres in situ). On la relie d’emblée à une esthétique minimaliste : simplicité des formes utilisées, modularité et répétitivité potentiellement infinie de ces formes, saisie de l’œuvre comme un tout, comme une construction donnée à voir et à expérimenter d’un seul tenant, autant de traits attachés à l’art américain apparu à la fin des années 1960 que l’on retrouve dans ce travail. Il faut ajouter au moins deux autres caractéristiques plastiques à cette liste resserrée, que l’on identifie également comme participant du minimalisme. La sculpture de Richard Nonas nie l’expression personnelle et le lyrisme qui lui est bien souvent attaché : c’est une création singulière indifférente aux effusions d’une intériorité créatrice. Elle utilise par ailleurs, et ici tout particulièrement, l’horizontalité de et dans l’espace pour apparaître. Riverrun (from Swerve to Bend) défile sous nos pieds — on peut, on doit même marcher dessus pour l’expérimenter —, elle s’étale au sol d’une manière très précisément construite. C’est là une donnée plastique fortement présente chez des artistes américains de la génération de Nonas comme Lynda Benglis, Robert Morris, Carl Andre ou Richard Serra. Elle va à l’encontre de toute l’histoire de la statuaire classique qui proposait des formes érigées dans l’espace, des formes dressées à la verticale autour desquelles le spectateur pouvait tourner. Rien de tel ici : c’est le sol lui-même qui devient le point d’appui davantage que le socle de la sculpture, son territoire exclusif d’apparition. Il y a une histoire possible de cette horizontalité. Marcel Duchamp a sans doute été un des tout premiers artistes du XXe siècle à faire des œuvres basses (au sens spatial du terme), des œuvres qui tombent sur le sol (3 Stoppages-étalon, 1913/1914) ou qui sont fixées au sol au point qu’on puisse buter contre elles (Trébuchet, 1917). Dans une veine figurative et surréaliste, Alberto Giacometti explorera lui aussi cette spatialisation au sol avec sa Femme égorgée (1932), un squelette en bronze posé par terre. Les artistes américains de la génération de Nonas ci-dessus cités ont élargi cette exploration horizontale de l’espace et le travail de Nonas lui-même représente un moment significatif de cette exploration. Il faut ajouter que les sculptures de Richard Nonas peuvent aussi être installées à l’extérieur, dans les paysages (comme les Edge-Stones, posées dans les moyennes montagnes de Vière, en France, en 2010), qu’elles ont donc affaire à toutes sortes d’espaces (galerie, atelier, cadre naturel). Notons enfin que les deux assemblages en bois mis au mur ont été réalisés par l’artiste sur place et au moment de l’installation de la pièce, geste imprévu qui confirme la liberté d’exécution dont ce travail rigoureux est aussi le théâtre.


Richard Nonas est né en 1936 à New York où il vit.