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« Vivre son propre corps veut dire également découvrir sa propre faiblesse, la tragique et impitoyable servitude de ses manques, de son usure et de sa précarité. En outre, cela signifie prendre conscience de ses fantasmes qui ne sont rien d’autre que le reflet des mythes créés par la société… le corps (sa gestualité) est une écriture à part entière, un système de signes qui représentent, qui traduisent la recherche infinie de l’Autre. » Figure majeure, féminine de surcroît dans le contexte des années soixante-dix, cette précision est d’autant plus signifiante référence absolue de l’art corporel en France de ces années-là, Gina Pane a développé une pratique artistique vécue dans l’expérience de son corps. Un corps fragile, vulnérable, cherchant à mettre à jour des représentations refoulées, entièrement tourné vers les souffrances du corps social. Un corps vécu dans la conscience d’une responsabilité de notre présence au monde, en osmose avec la société contemporaine, un corps biologique, psychologique, social, pouvant agir comme élément libérateur de l’individu « anesthésié par la vie urbaine et la société qui l'aliène ».
Commencée dans les années soixante sur les territoires de la peinture et de la sculpture, la démarche de G. Pane sest articulée en périodes volontairement différentes mais sest développée dans un processus continu et cohérent. Demblée, elle a placé son travail dans le refus dune inscription dans la continuité de lhistoire de la modernité dogmatique. Ses peintures géométriques ne sont pas de purs exercices abstraits mais, déjà, engagent à une interprétation dépassant lanalyse purement formelle. Ses sculptures, « structures affirmées », « pénétrables », en appellent aux mesures du corps humain, à son mouvement, à son déplacement. Ce questionnement de la sculpture au travers de la relation physique à lobjet fait écho aux recherches que mènent alors, notamment, Bruce Nauman et Robert Morris et est, indéniablement lié au bouillonnement événementiel de la danse et de la musique impulsé par Merce Cunningham et John Cage, « les détonateurs dune nouvelle relation ».
De la conscience de ce corps en mouvement, de sa capacité expressive tant physique que psychique, G. Pane va élaborer un vocabulaire plastique d’une liberté absolue, un langage hors limite qui, par sa justesse et sa précision, bouleverse encore aujourd’hui. Ses premières actions (terme qu’elle préférait à celui de « performance » trop proche de la théâtralité), réalisées 'in situ' furent des expériences vécues solitairement dans sa relation personnelle à la nature. Inscrivant « hors vue » des gestes dans le paysage, enfouissant dans la terre un rayon de soleil, déplaçant des pierres, relevant des traces, G. Pane ouvre à l’art un espace qui dénie l’importance de l’objet. Ces interventions allaient la conduire à utiliser son corps comme un champ d’expériences. Un mode d’expression qui prend la forme de longues actions, silencieuses, animées de gestes rares, lents, médités, dans lesquelles les blessures, la douleur deviennent outil de langage, rituel symbolique. Scénographiées avec précision incluant de nombreux dessins préparatoires qui transcendent les gestes par leur valeur spirituelle, textes manuscrits et photographies ses actions faisaient alterner douceur, jeu, plaisir avec l’insupportable de la souffrance. Éloignées de toute représentation, les actions de G. Pane étaient des moments intenses qui atteignaient « la psyché du spectateur », renvoyé à lui-même dans la prise de conscience d’un « être douloureux » de l’homme confusément ressenti par chacun. En 1981 G. Pane terminait le cycle des actions. Naissent alors des œuvres plastiques, les « Partitions », desquelles son corps est absent mais qui continuent dans le choix précis des matériaux, de porter les symboles d'une réalité du corps, instance médiatrice entre la chair et la pensée, le visible et l'invisible.
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