2_1 MAMCO 2_1 AGENDA PRESSE CHRONIQUES MISCELLANEES RADIO FILMS
4_1 EXPOSITIONS COLLECTIONS ARTISTES PUBLIC EDITIONS MUSEE INFORMATIONS

 

COLLECTIONS_PRESENTATION COLLECTIONS_ARCHIVES
A B C D E F G H i J K L M N O P q R S T u V W x y Z
    
  Allen Ruppersberg 

expositions temporaires
En miroir, Pascal Pinaud / Allen Ruppersberg  
The New Five Foot Shelf  


W2
W3
Pascal Pinaud
Vue partielle de l'exposition

Allen Ruppersberg, The New Five Foot Shelf, 2001
50 livres et 44 posters imprimés en couleurs digitales
coll. Mamco







En miroir, Pascal Pinaud / Allen Ruppersberg

in cycle Futur antérieur, séquence d'été 2010
Au verso des images  /  du 2 juin 2010 au 19 septembre 2010

L’atelier est un espace d’élaboration, de production, de mise au point voire d’exposition des oeuvres. Espace physique (lieu des tentatives et des bricolages) et espace psychique (lieu des élucubrations et des projections), il est aussi un motif récurrent de l’histoire de l’art depuis ses origines. En miroir propose deux visions de la fabrique de l’art à travers deux oeuvres, une d’Allen Ruppersberg, une de Pascal Pinaud, qui, chacune, illustrent deux rapports fort différents à l’invention.


En 1971 dans « Fonction de l’atelier », Daniel Buren proclama la mort pure et simple de ce dernier l’art devant se produire pour lui in situ c’est-à-dire en fonction d’une situation donnée et non pas dans un lieu de fabrication des oeuvres depuis lequel celles-ci seraient alors diffusées. Cette condamnation s’inscrivait dans une époque au cours de laquelle nombre d’artistes (ceux affiliés au land art surtout) avaient fait du paysage l’écrin exclusif pour l’existence de leur travail, loin d’un espace clos dans lequel déployer une recherche plastique.

The New Five Foot Shelf d’A. Ruppersberg et L’Atelier de P. Pinaud montrent que l’atelier demeure aujourd’hui encore, à la différence des années 1960 et 1970, un enjeu majeur pour les artistes. En 2001, Ruppersberg publie donc The New Five Foot Shelf, un ensemble de cinquante volumes qui, en apparence, reprend l’anthologie éditée en 1901 par le Dr. Eliot. Celle-ci, également composée de cinquante volumes, rassemblait tout le savoir classique et moderne qu’un bourgeois américain cultivé était censé maîtriser. Cependant l’artiste a composé le dernier tome de cette véritable encyclopédie (qui tenait sur une étagère de cinq pieds, d’où le titre de la pièce) avec les photos de son atelier, façon d’affirmer l’ancrage classique de son travail, ses résonances abstraites et savantes. L’installation propose ainsi le spectacle de la bibliothèque, avec les cinquante ouvrages posés sur une table, et l’ensemble des quarante-quatre photos de l’atelier de l’artiste (détruit depuis) accrochées au mur, vaste écrin qui entoure le regardeur/lecteur et dans lequel celui-ci peut s’immerger. Véritable espace mental et textuel, psychique et littéraire, l’atelier archivé donne l’image d’un lieu de spéculation (dans lequel serait disponible quelque chose comme la mémoire résumée de l’humanité) plus proche d’un studiolo que d’une fabrique de formes et d’objets matériels.

Très différent du travail de l’artiste américain, L’Atelier de P. Pinaud — dont le titre renvoie fatalement le visiteur à des tableaux fameux tel L’Atelier du peintre de Courbet (1855) — propose la photographie à échelle 1 de son espace de travail. L’image mesure trente-quatre mètres de long et a une hauteur de deux mètres. Les multiples détails qui peuplent la représentation proposent une vision littérale du lieu. Cependant une partie de la pièce n’a pas été photographiée, comme si l’artiste avait voulu garder une part de mystère en nous faisant pénétrer au coeur de sa logique d’invention, au coeur de son « intimité ». Le spectateur pourra d’ailleurs constater à quel point ce lieu est aussi pour P. Pinaud le moyen de convoquer des souvenirs personnels (on peut voir, par exemple, des photos d’amis artistes) qui sont des marqueurs pour le travail. Lieu de mémoire donc mais aussi lieu de collection (matières et objets s’accumulent pour esquisser un éventuel répertoire de formes). Cela dit, L’Atelier n’est pas qu’une image : lorsqu’elle est montrée, P. Pinaud accroche sur l’oeuvre certains de ses tableaux, la représentation du lieu de production devenant le moyen d’exposition (le fond) sur lequel se détache aussi ce qui est sorti de l’atelier et qui y sera, pour un temps et d’une manière fictive, retourné. En miroir, un dialogue entre deux oeuvres déjà proposé l’automne dernier dans le cadre du Printemps de Septembre à Toulouse, montre deux installations qui enveloppent véritablement le spectateur et qui, chacune à sa façon, font de l’atelier un lieu central pour l’art d’aujourd’hui. Cependant, si A. Ruppersberg choisit de donner à cette évocation une dimension strictement littéraire et spéculative, plaçant la lettre et le texte au centre même du travail plastique, ce qui confère à ce dernier une résonance plutôt savante, P. Pinaud propose un atelier plus matériel, davantage lié au corps et à la manipulation des formes, dans lequel les références sont tout autant celles d’un art populaire que d’un art réputé plus sophistiqué.


Pascal Pinaud est né en 1964 à Toulouse, il vit à Nice.
www.documentsdartistes.org

Allen Ruppersberg est né en 1944 à Cleveland, il vit à New York et à Los Angeles.