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  Jean-Frédéric Schnyder 

exposition temporaire
Salles d'attente de gare, 1988-1989   

Wartsaal, 1988-1989. Palézieux-Village, 22.6.1989
huile sur toile ; 30 x 42 cm
coll. de l'artiste

Wartsaal, 1988-1989. Winterthur, 11.11.1988
huile sur toile ; 30 x 42 cm
coll. de l'artiste

Wartsaal, 1988-1989. Martigny, 27.4.1989
huile sur toile ; 30 x 42 cm
coll. de l'artiste



Jean-Frédéric Schnyder,
Salles d'attente de gare
, 1988-1989

in cycle Patchwork in Progress 7 et dernier
du 20 octobre 1999 au 23 décembre 1999

« 20 octobre 1988 / Par un jour d'automne humide et froid, j'échoue, après des essais ratés de paysage sur le motif, avec deux décis de blanc et une plaque de chocolat, dans la salle d'attente de la gare de Huttwil. Ici il fait sec et chaud, il y a une table et une chaise, dans ma poche j'ai mon abonnement général, pourquoi ne serait-il pas possible de peindre ici ? »

Le froid, la pluie, le chaud, un confort rudimentaire, une interrogation, un concours de circonstances qui se transforment en une nouvelle situation de travail. En quelques mots, c'est la méthode Schnyder qui s'expose ici avec une évidence et une simplicité désarmante. Loin d'une indifférence devant le motif – expression d'une forme de désenchantement selon laquelle tout serait bon à peindre – elle fait preuve d'une disponibilité au monde à toute épreuve. Dans un entretien récent, il parle d'ailleurs de son « zèle à collectionner des images » – une attitude qui le pousse à parcourir des kilomètres en train et à poser sa mallette-chevalet là où personne ne l'attend. Lieux de passage déserts de toute vie humaine, ces salles d'attente dressent une carte quasi anthropologique d'un monde à l'écart sur lequel le regard ne se porte pas. D'où l'impression bizarre d'avoir à assumer une réalité beaucoup plus complexe qu'il ne paraît à première vue : les quelque nonante toiles qui forment cet ensemble se trouvent en effet pour la grande majorité à l'écart des destinations prestigieuses qui délimitent l'espace dans lequel l'homme moderne est supposé se mouvoir, si l'on en croit les images véhiculées par les médias et la publicité. Une réalité où tout devient signifiant, où banquettes, tables, sols, poignées de porte, décorations murales et armoires se mettent à exister avec une obstination tenace pour montrer tout ce qui fait que décidément Klus n'est pas Kemptthal et encore moins Leuzigen, et que Puidoux-Chexbres est à mille lieues de Palézieux-Village. Obstination des choses à vieillir, à se démoder et à résister ainsi à l'image d'entreprise (celle des CFF), ainsi qu'à l'emprise de la communication visuelle et du 'design' sur notre environnement.

Tout aussi bizarre, l'impression de devoir gérer des images qui apparaissent plates à première vue, mais qui s'avèrent peu à peu extrêmement composées et qui plus est selon des références pas très 'fashionable'. J.-F. Schnyder qui parle, à propos d'une autre série de peintures, de son désir de travailler avec des couleurs terre – des couleurs qu'il allait chercher chez Hans von Marées – ne rechigne visiblement pas à s'inspirer, par exemple, de Van Gogh pour la composition de « Sierre / Siders 20.4.89 ». Cette manière de s'approprier l'histoire de la peinture, loin de renvoyer à une fétichisation formaliste de la citation, relève chez lui de l'expression quasi naturelle. Elle apparaît proche de ce goût du recyclage généralisé qui le pousse à réinvestir les restes de couleurs de sa palette pour produire des tableaux abstraits, à récupérer les résidus grisâtres résultant du nettoyage de ses pinceaux pour apprêter ses toiles, et ses chiffons pour créer des 'patchworks'.

Tout cela se révèle moins bizarre dès lors qu'est rappelée la prédilection de J.-F. Schnyder pour Marcel Duchamp, avec, au premier plan, moins les 'ready-mades' que cette capacité à tenir compte de l'imprévu, à convoquer le hasard des circonstances et donc, en définitive, la vie elle-même, pour construire une œuvre qui se tient en constant porte-à-faux par rapport aux formes contemporaines. Contrairement aux artistes de la veine documentaire qui s'efforcent, à la suite de Bernd et Hilla Becher ou de James Welling, de recenser photographiquement les lieux de mémoire de la modernité, J.-F. Schnyder conserve toujours à l'égard du monde une vision paradoxale, à la fois proche et légèrement ironique, qui lui permet de simplement s'asseoir dans une salle d'attente ou sur un banc public pour dépeindre ce qui s'offre à lui, suivant un art qui reste une version très personnelle du réalisme.


Jean-Frédéric Schnyder est né en 1945 à Bâle, il vit à Zoug.