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  Bruno Serralongue

exposition temporaire
La Terre est un crocodile  

Bruno Serralongue 1
Bruno Serralongue 2

Abri #4, série Calais, Calais, avril 2007

En grève, devant l’usine à froid d’ArcelorMittal,
série Florange, Florange, 7 mars 2012
 

Bruno Serralongue, La Terre est un crocodile

in cycle Des histoires sans fin, séquence printemps 2015
du 18 février 2015 au 10 mai 2015


L’exposition La Terre est un crocodile de Bruno Serralongue est constituée d’une sélection de photos provenant de trois séries d’images réalisées durant les dernières années. Chacune concerne une situation spécifique, un contexte politique particulier, et propose une vision d’un événement largement médiatisé. Car la photographie n’existe ici qu’à partir de l’univers médiatique que Serralongue contourne, déplace et, à sa manière, critique. Une façon pour lui de partir d’un conditionnement donné pour inventer des images dotées d’une indéniable charge politique.


B. Serralongue explicite sa façon de travailler de la manière suivante : « Ma méthode consiste à partir des informations publiées et diffusées dans les journaux — qu’ils soient papiers, Internet, télévisés et radiophoniques. Je n’ai donc pas accès aux informations brutes — les dépêches — mais à une information triée et sélectionnée par les rédactions. J’effectue à mon tour une sélection et, si une information se réfère à un événement — quelle que soit sa localisation géographique — qui va se dérouler et qui m’intéresse, je cherche à m’y rendre par mes propres moyens pour y réaliser des photographies ». L’origine du monde dans lequel et sur lequel travaille Serralongue est donc bien médiatique. Cependant, il s’agit ici de contourner ce conditionnement, d’aller voir sur place ce qui se passe vraiment pour qu’une réappropriation de l’événement puisse avoir lieu, et pour qu’une critique effective des medias puisse éventuellement en découler. Dans La Terre est un crocodile (titre qui fait référence à la question du sol, et plus précisément à celle du droit du sol, omniprésente dans cette exposition), trois événements récemment traités par les organes de presse sont montrés. Calais, la première série d’images, concerne les migrants postés à Calais qui cherchent par tous les moyens à rejoindre la Grande-Bretagne. Elle a été composée entre 2006 et 2008 et dresse  un état des lieux accablant : on y voit les conditions moins que précaires dans lesquelles des hommes tentent de survivre avant d’aller ailleurs. La deuxième série, Florange (2011-2013), porte sur la lutte des ouvriers des hauts fourneaux d’ArcelorMittal à Florange et à Hayange dans le nord de la France. Ceux-ci ont fait grève pendant de longs mois pour s’opposer, sans succès, à la fermeture de leur lieu de travail. Enfin la troisième série d’images, Notre-Dame-des-Landes, débutée en 2014 et toujours en cours, concerne le site de construction du futur aéroport de Nantes sur lequel sont installées nombre de personnes hostiles au projet. Des formes de vie alternatives y sont promues dans ce qui est devenu pour les militants une Zad (zone à défendre). Ces photographies ont en commun de traiter de situations actuelles (elles sont localisées et datées) conflictuelles  voire de crise. Pour réaliser ces prises de vue, B. Serralongue utilise deux types de chambres photographiques, un appareillage relativement lourd et encombrant qui relie son travail à une pratique de la photo que l’on pourrait qualifier de classique. C’est dire qu’il ne passe pas inaperçu sur son lieu d’intervention et que les sujets de ses photos savent qu’ils sont saisis par un photographe, que rien n’est fait à leur insu et à leur corps défendant. Grâce à cette technique, B. Serralongue obtient notamment une netteté des différents plans de l’image et peut mettre au point la perspective souhaitée selon le point de vue désiré, devenant une sorte de metteur en scène de son propre travail. Cela dit, cette mise en scène n’est jamais forcée ou volontariste : dans la série Calais, par exemple, les situations enregistrées (vues de l’accès au terminal transmanche, d’un groupe d’hommes photographiés  de dos ou bien d’un abri rudimentaire) semblent tout autant construites que spontanées, et dans Florange, les discussions entre les responsables syndicaux tiennent davantage du reportage très soigné que de la photographie plasticienne.

Le sujet des photos de B. Serralongue est bien une certaine forme de présent dont il devient une sorte de chroniqueur voire d’historien. De même, son travail s’ancre dans l’existence de communautés porteuses de revendications politiques et sociétales dont il est aussi le témoin et l’archiviste. Et si aller voir derrière la bien-nommée couverture médiatique est ce qui l’intéresse au plus haut point, si se réapproprier certains des événements du monde est ce qui structure son art, il retire de ses explorations un état des lieux des tensions et des luttes qui font l’identité des sociétés actuelles.


Bruno Serralongue est né en 1968à Châtellerault ; il vit à Paris.