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  Philippe Thomas 

expositions temporaires
Hommage à Philippe Thomas et autres œuvres
    L’Agence
    Fictionnalisme
augmenté de
L’Ombre du jaseur (d’après Feux pâles)  
    Un Cabinet d’amateur

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Denyse Durand-Ruel, ® 097130 257022, 1990
Bertrand Lavier, ® 097130 198035, 1989
Carine Campo, ® 097130 278010, 1990

Agence Dolci dire & Associés, Pour un art de société (maquette pour une campagne d’information et de publicité), 1988
coll. FRAC Rhône-Alpes

Jacques Salomon, La Pétition de principe, 1988

Chiat, Day, Moyo, New York, ready mades belong to everyone ®, 1990
coll. Museo Reina Sofia, Madrid




 


Hommage à Philippe Thomas et autres œuvres

augmenté de

L’Ombre du jaseur (d’après Feux pâles)

in cycle Des histoires sans fin, séquence printemps 2014
du 12 février 2014 au 18 mai 2014



L’Agence


C’est en décembre 1987 à la Cable Gallery à New York que l’artiste français Philippe Thomas ouvre sa première agence à laquelle il donne le nom « readymades belong to everyone® ». Cette ouverture est rapidement suivie par la création d’une filiale française à Paris en septembre 1988 à la galerie Claire Burrus, filiale dénommée les ready-made appartiennent à tout le monde®.  Par ce geste, Ph. Thomas a radicalement reconfiguré l’activité artistique en renouvelant profondément le rôle et la place de l’artiste dans le processus de création, et en donnant à l’art de nouveaux outils en même temps que de nouveaux champs de recherche.


les ready-made appartiennent à tout le monde® est une agence de communication et de production d’événements qui propose des services. Conséquence la plus immédiate : l’artiste — ses nom et prénom — disparaît ici comme signataire de l’activité artistique au profit d’une qualification singulière et impersonnelle de cette dernière dans laquelle la référence à Duchamp est manifeste mais dans laquelle est aussi enregistré un certain état du monde marchand, un certain âge de la production (ainsi le ® dans le nom de l’entreprise désigne une société à responsabilité limitée). Pour sa création, l’agence a été montrée en galerie, telle une œuvre d’art, et consistait en un bureau et une manière de salle d’attente installés dans un seul et même lieu, tel le vrai espace d’accueil et de travail d’une société commerciale (par exemple, le mobilier et les accessoires, disposés avec un soin maniaque, étaient ceux, utilitaires, d’une structure entrepreneuriale quelconque – chaises et fauteuil sans véritable style, bureau et table basse sans charme). L’agence les ready-made appartiennent à tout le monde® a développé un certain nombre de projets et de campagnes publicitaires, quelquefois avec d’autres agences de communication comme Dolci Dire & Associés ou BDDP/Paris, dont la majeure partie est montrée au deuxième étage du Mamco. Dans ces derniers, on retrouve une esthétique de la communication aux formes bien typées : affiches, slogans frappants et travaillés (par exemple « Il suffit de dire oui pour que ça change la face des choses » formule inscrite dans une œuvre de 1988), images fortement construites dans lesquelles est perceptible cette « platitude directe » dont parle le critique Daniel Soutif à propos de cet art, panneaux publicitaires utilisés dans l’espace public ou dans les œuvres elles-mêmes. Parmi les pièces les plus marquantes créées par l’agence, il y a les codes-barres, ces signes apposés sur tous les produits manufacturés disponibles à l’achat, sorte de signature numérique de toute marchandise, qui se retrouvent ici monumentalisés et présentés comme des tableaux reproductiblesà l’infini. Ils sont au total plus d’une trentaine et montrent un certain état du monde marchand transformé en une manière de nature morte contemporaine aux auteurs multiples. Car Ph. Thomas inventait des œuvres prêtes à la signature : s’il assumait totalement la création voire la fabrication des pièces, à partir de la fin des années  1980 il ne les contresignait jamais, disparaissant ainsi aux yeux de tous au profit de l’agence ou bien de collectionneurs et autres personnalités du monde de l’art qui devenaient publiquement les seuls signataires des œuvres parce que, à la demande de l’artiste, ils les paraphaient eux-mêmes. Cette fiction à la recherche de ses personnages nous propose donc le travail extrêmement contrôlé d’une figure artistique finalement absente, et cela du début à la fin de l’existence de son activité entrepreneuriale. Ainsi, dès septembre 1994, l’ultime exposition de l’agence  les ready-made appartiennent à tout le monde® se tint au Mamco. On peut retrouver cette présentation au deuxième étage avec la plupart des objets qui la composaient à l’époque. Ce sont des cartons remplis et du matériel d’emballage qui sont ici proposés, ceux d’une entreprise qui stocke ses archives — ses documents administratifs et de gestion mais aussi certaines des images scandant un trajet artistique — puisqu’elle cesse toute activité. Par ce geste, Ph. Thomas, qui mourut quelques mois après l’ouverture de l’exposition, bouclait avec beaucoup de maîtrise, de lucidité et de distance, mais aussi de pudeur, son entreprise, celle d’un art qui aura voulu acter la disparition de l’auteur et qui sera néanmoins parvenu à inventer un style.


Philippe Thomas est né en 1951 à Nice ; il est décédé en 1995 à Paris.