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  Philippe Thomas 

expositions temporaires
Hommage à Philippe Thomas et autres œuvres
    L’Agence
    Fictionnalisme
augmenté de
L’Ombre du jaseur (d’après Feux pâles)  
    Un Cabinet d’amateur

 
 
 


Hommage à Philippe Thomas et autres œuvres

augmenté de

L’Ombre du jaseur (d’après Feux pâles)

in cycle Des histoires sans fin, séquence printemps 2014
du 12 février 2014 au 18 mai 2014
exposition prolongée jusqu'au 21 septembre 2014



Un Cabinet d’amateur


Tout l’œuvre de Philippe Thomas repose sur un principe simple qu’il met en place au début des années 1980 : l’acquéreur de ses pièces en devient le signataire. On ne trouve, de fait, dans son catalogue raisonné, aucune œuvre associée directement à son nom. Issu de la littérature, l’artiste actualise dans le champ de l’art une pratique des hétéronymes. Tout en actant la mort de l’auteur par sa disparition symbolique, le travail s’entrevoit, selon ses mots, comme un « art de société », faisant des coulisses du monde de l’art le terrain d’une vaste fiction.


Sensible à l’esprit de son époque où l’entreprise se veut « paradigme  transversal  et substrat  inconscient  des moindres faits et gestes », pour reprendre les mots de François Cusset, Ph. Thomas va faire porter ce principe « fictionnaliste » par une agence qu’il ouvre d’abord à New York en novembre 1987 sous le nom de readymades belong to everyone®, avant d’en ouvrir la filiale française à Paris, les ready-made appartiennent à tout le monde®. Une agence dont il se présente comme le directeur et qui propose à tout un chacun de rentrer dans l’histoire de l’art moyennant transaction financière. L’agence, comme n’importe quelle autre, soigne son identité graphique et sa communication. C’est le cas notamment avec la pièce Une fiction qui fait l’unanimité qui se joue des publicités de théâtre ou de cinéma où l’emphase de la critique apparaît sous la grandiloquence d’un slogan. Travaillant dans les interstices, il n’y a pas un élément de l’appareil paratextuel de l’œuvre (le cartel, la critique, la publicité, etc.) qui ne soit manipulé par l’artiste, pas une seule de ses interventions qui ne soit marquée du sceau de la suspicion. Ainsi, si la publicité sur l’œuvre a fini par être rapatriée dans l’œuvre même (le portrait de Ph. Thomas derrière son bureau est tiré d’un compte rendu critique paru dans Art Forum), on peut légitimement se demander qui sont les réels auteurs de ces textes critiques.

En 1990, Ph. Thomas est invité, sous couvert de son agence, à concevoir une exposition pour le CapcMusée d’art contemporain de Bordeaux. C’est Feux pâles, une exposition en onze chapitres, prenant les traits d’une exposition muséale en réalité contaminée par la fiction et dont le Mamco propose une version au quatrième étage. Quelques temps après l’exposition, l’artiste réalise Un cabinet d’amateur, une pièce qui prend pour « auteur » : les ready-made appartiennent à tout le monde, pour la Caisse des dépôts et consignations. Il s’agit d’un chariot industriel à l’intérieur duquel sont disposées douze photographies noir et blanc encadrées et légendées, et qui reprennent chacune la vue d’une salle de l’exposition et le titre du chapitre qui lui est associé. Avec toute la distance d’un compte rendu oculaire, les photos forment un témoignage intrigant de chaque salle comme autant de scènes de crime. L’entrée de l’exposition n’est-elle pas nommée Une pièce à conviction ? La pièce prend acte que la fiction a bel et bien eu lieu, elle en « accomode les restes » pour reprendre le titre d’une salle : elle en est le souvenir fragmentaire, abandonné avec un certain humour dans les limbes de la Caisse des dépôts et consignations. Présentée en regard de la reprise de Feux pâles, l’œuvre permet ainsi de mesurer les différences et les répétitions entre le souvenir de l’exposition et sa relecture par le Mamco.



Philippe Thomas est né en 1951 à Nice ; il est décédé en 1995 à Paris.