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  Hervé Télémaque

exposition temporaire
Ciels de lits, 1959-1970  

Vue partielle de l'exposition
© 2013, ProLitteris, Zurich

Éclaireur n° 2, 1962-1963,
coll. galerie Louis Carré & Cie
Le Mal des Hauteurs, 1966
coll. particulière
© 2013, ProLitteris, Zurich

Voir elle, 1964
Piège, 1964
© 2013, ProLitteris, Zurich




Hervé Télémaque, Ciels de lits, 1959-1970

in cycle L’Éternel Détour, séquence été 2013
du 5 juin 2013 au 15 septembre 2013



En 1961, Hervé Télémaque arrive à Paris après quatre années d’études new-yorkaises. Il rencontre alors André Breton et se lie aux surréalistes, sans toutefois jamais prendre une part active au mouvement. Haïti, son île natale, New York et Paris lui fournissent trois univers culturels dans lesquels il va puiser pour élaborer son propre voca- bulaire pictural. L’exposition du Mamco rend compte d’une décennie de travail qui voit H. Télémaque poser les fondements de son œuvre.


Aux États-Unis, H. Télémaque a étudié à l’Art Students League of New York. Il y a vu un expressionnisme abstrait trop triomphant pour ne pas bientôt décliner ; mais il se refuse à poursuivre la voie de l’exaltation du geste. Il y a aussi découvert les balbutiements du pop art américain auquel il s’intéresse stylistiquement et avec lequel il partage cette attention portée aux produits de la culture de masse. Toutefois ses références ne sont pas du même « pop » que celles des artistes associés à ce mouvement. Les siennes sont plutôt issues de la contre-culture et d’idéologies contestataires. Les comic books qui contribueront à son répertoire formel sont plutôt Mad et Harvey Kurtzman que les All-American Men of War chers à Roy Lichtenstein. Car dans l’Amérique de la fin des années 1950, H. Télémaque est évidemment du côté des minorités et souffre d’une ségrégation à laquelle ses origines familiales ne l’avaient pas vraiment préparé et qui le renvoie à un passé ancestral qui n’avait rien de réjouissant. Cela n’est sans doute pas étranger à son choix de partir pour la France.
À Paris, il fréquente les surréalistes et cette proximité se laisse deviner sur ses toiles par son goût pour les associations étranges, qui pourraient sembler hasardeuses, mais qui fonctionnent à la manière d’un relais sémantique. Chaque objet contamine la signification de ceux qui l’entourent et leur agencement ne fonctionne pas comme une suite logique, mais par allusion, par collusion, tissant d’une forme à l’autre des liens aussi ténus et incertains qu’inextricables. En 1964, H. Télémaque participe à l’exposition Mythologies quotidiennes au Musée d’art moderne de la Ville de Paris puis, l’automne suivant, à La Figuration narrative dans l’art contemporain, toutes deux orchestrées par le critique Gérald Gassiot-Talabot. Le peintre est donc associé à ce mouvement qui s’oppose à l’abstraction autant qu’au Nouveau réalisme et cherche à répondre au pop art américain en « manifest[ant] un subjectivisme créateur ». De fait, la peinture de Télémaque est non seulement subjective, mais singulière, comme si le peintre cherchait  sciemment à brouiller les pistes. Dans ses compositions, les formes flottent sur des fonds unis, cloisonnés, aux tons souvent très vifs, parfois salis. Les figures grimacent, les objets déconcertent, même lorsque on imagine leur rapport à la peinture, à la biographie de l’artiste ou aux questions sociales : sous-vêtements, cannes d’aveugles, logos, armes, doigts pointés sont autant d’indices d’une dérision des stéréotypes ou autant d’énigmes qui empêchent les interprétations unilatérales.
H. T élémaque a conservé d’Haïti des racines linguistiques, ce français qu’il maîtrise avec grande précision — son oncle est d’ailleurs le poète Carl Brouard — mais qu’on ne lui accorde qu’au prix d’un soupçon de créole. Dès lors, la langue aussi participe de ses procédés d’incertitude : avec ses titres poétiques et inscriptions sur la toile, il utilise les mots comme un matériau à triturer et dont il extrait des bizarreries sémantiques qui singularisent son univers dans l’uniformisation linguistique des mondes de l’art.
Si la figuration d’H. Télémaque est narrative, c’est alors une narration indécise, fragmentée, dialectique, qui fait la part de la raillerie, du saugrenu, de l’ironie et du secret. C’est donc plutôt une peinture qui échappe au discours, comme elle échappe aux catégorisations.


Hervé Télémaque est né à Port-au-Prince en 1937, il vit à Paris.