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  Ambroise Tièche 

Le dictionnaire encyclopédique lacunaire  
www.mamco.ch/CHRONIQUE/

 
 
 




Ambroise Tièche,
Le dictionnaire encyclopédique lacunaire

depuis 2013, dans « chroniques » sur www.mamco.ch


Depuis 2009, Ambroise Tièche rédige le dictionnaire de sa propre mémoire. Le travail est évidemment infini, mais réglé par une procédure précise. Il a d’abord recueilli tous les mots et les noms propres dont il pouvait se rappeler, formant ainsi un lexique mis en ligne sur le site du Mamco. Il s’attelle depuis à définir chacun d’eux à l’aide de ses seuls souvenirs, sans vérification extérieure aucune. L’erreur y a donc sa place, elle contribue même à donner la mesure des connaissances ou de l’ignorance de l’auteur, à décrire finalement son rapport au monde.  


Œuvre à l’échelle d’une vie, travail démesuré, Le dictionnaire encyclopédique lacunaire est, par un doux paradoxe, issu de réflexions sur la question de la mesure, qui a longtemps été au centre du travail d’A. Tièche. Elle était comprise comme un outil d’appréhension du monde, mais également comme un instrument de pouvoir. L’artiste s’interrogeait sur le glissement de la quantification à la qualification. Or le langage, s’il sert d’abord à qualifier, à définir, peut aussi servir d’instrument de mesure, cristallisant alors l’amalgame entre quantité et qualité. C’est là l’une des portes d’entrée possibles dans Le dictionnaire que de le comprendre comme la mesure de la vie d’un homme. En 1997, pour un travail intitulé D’après moi. A. Tièche avait fait scanner son crâne avant d’en faire usiner sept répliques. Le plus précisément possible, il prenait la mesure extérieure de son enveloppe cérébrale. D’une certaine manière, Le dictionnaire constitue l’envers de cette pièce, mesurant quant à lui le contenu immatériel du crâne de l’artiste. Cela amène à la question du portrait. En ne s’autorisant que de sa seule mémoire, sans souci de précision objective ou d’exactitude vérifiée, le travail de Tièche comporte une importante dimension d’autoportrait. Pourtant, l’ensemble des entrées pourrait aussi décrire une personne générique : un homme qui s’intéresse à la musique — surtout le rock —, à la mécanique, à l’art contemporain, qui connaît plus précisément la géographie de l’Europe occidentale que du reste du monde, qui était adulte au tournant du troisième millénaire. Mais dans la liste des entrées, le portrait s’affine déjà : l’auteur connaît quinze personnes s’appelant Tièche, mais seulement neuf Martin et deux Dupont. Enfin, le contenu des définitions resserre son identité plus précisément qu’un état civil : il sait ceci, il ignore cela, la carte de sa connaissance est unique. Dès lors, se fait jour un autre paradoxe. C’est que la faute, traquée et honnie de tout dictionnaire qui se respecte, devient ici une information capitale puisqu’elle trace les limites du portrait d’Ambroise Tièche, le décrivant en creux. Par sa revendication de la lacune, Le dictionnaire encyclopédique désamorce toute possible tentative de se prendre au sérieux. Ne pas se prendre au sérieux, tout en étant le plus sérieux possible. Dans ses définitions, s’il assume l’erreur possible, A. Tièche ne la provoquera jamais. Il n’y a d’humour que dans le projet général ; pour chaque entrée, l’auteur cherche à énoncer ce qu’il sait et non ce qu’il pense, de la manière la plus précise, sans clin d’œil ni sourire, sérieux, décidément, comme un enfant qui joue. La rigueur avec laquelle A. Tièche poursuit son entreprise infinie le range parmi les artistes que le Mamco appelle « stylites » et dont il expose en permanence une « section ». Quant à l’auteur du dictionnaire encyclopédique lacunaire, ce n’est pas une section mais bien la quasi-entièreté de son travail qui trouve sa place au Mamco. Un travail immatériel comme son sujet, accueilli dès lors sur le site internet du musée, qui permet ainsi de rendre compte de son ampleur, mais aussi de son déploiement dans le temps. Un travail qui qualifie son auteur comme des plus singuliers, surtout et y compris parmi ceux qui se consacrent aux nouveaux « arts numériques ».

Régulièrement, au rythme de ses cycles d’expositions, le Mamco met à jour le dictionnaire en y intégrant les nouvelles définitions rédigées par A. Tièche.


Ambroise Tièche est né en 1966, il vit au Brassus et travaille à Genève.