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  Hannah Villiger 

exposition temporaire
Je serai mon propre ciseau  

Block XXXV, 1994
4 polaroïds, tirage C-prints, contrecollés sur aluminium  ; 258 x 254 cm
Cabinet des estampes, Genève

Block XXXVII, 1994
15 polaroïds, tirage C-prints, contrecollés sur aluminium ; 289 x 481 cm
The Estate of Hannah Villiger

Block, 1997
6 polaroïds, tirage C-prints, contrecollés sur aluminium ; 254 x 377 cm
The Estate of Hannah Villiger




Hannah Villiger, Je serai mon propre ciseau

in cycle rolywholyover, deuxième épisode
a collideorscape  /  du 6 juin 2007 au 9 septembre 2007

Parcourir son corps dans le mouvement insistant d’une auscultation. Minutieusement. S’arrêter, resserrer le champ visuel sur un fragment de peau, des doigts musclés, une ossature proéminente, des tendons noués, un poing serré, une aisselle ouverte… Le dialogue d’Hannah Villiger avec son corps, au travers de l’objectif de son appareil photographique, a été une longue expérience (de 1980 à 1997), passionnée, rude, tourmentée, ludique parfois, entre « elle et elle-même ». Elle se montre — ou plus justement se révèle — sans interdit, dégagée de tout a priori. De temps à autre, l’appareil photographique s’éloigne, comme s’il éprouvait la nécessité de s’évader, d’explorer hors champ les toits environnants, la ville qui se laisse regarder par la fenêtre de l’atelier. Mais déjà les repères s’échappent, l’horizon verse dans la verticalité, le haut et le bas s’inversent et se retournent, les cheminées comme les fragments corporels préfèrent les lignes de fuite qui s’égarent à l’ordonnance réglée d’un point de vue.

Quelques années auparavant, Hannah Villiger, diplôme de sculpture obtenu à la Schule für Gestaltung de Lucerne (1974), avait tourné le dos au modelage comme au ciseau pour leur préférer la planéité de la photographie et du dessin. Elle s’était alors attardée sur des petits faits observés, une boule de pétanque s’écrasant dans une fine poussière, une branche de palmier enflammée, la trace blanche d’un avion dans le ciel. Mais, l’intensité avec laquelle elle vivait, et qu’elle ne pouvait pas séparer de son travail artistique, l’a amenée à se concentrer sur son propre corps. Sans qu’elle en fasse un récit privé. Certes les images sont intimes au sens où il s’agit de son corps, nu, des temps sont autobiographiques, mais ses images ne se referment pas sur leur intimité. Elles ne disent rien de la « vérité du corps » révélée par une souffrance volontaire (Gina Pane), d’une investigation de l’identité féminine dans le corps social (Valie Export, Cindy Sherman), d’une affirmation provocatrice de la sexualité (Elke Krystufeld) ou de l’expérimentation physique des critères de la beauté (Orlan). En se rapprochant de son corps vivant, en le montrant dans le velouté de sa peau comme dans la dureté de la douleur et des marques du temps, Hannah Villiger l’a abstrait d’une interprétation univoque. Son corps est son matériau sculptural. Sa « pensée du corps » s’ouvre sur une multiplicité de questions qui ont trait à la condition humaine.

Dix ans après la mort d’Hannah Villiger, son travail photographique la place sans conteste parmi les artistes femmes les plus importantes de sa génération. Ses photographies Polaroïd — procédé qui permet à l’image d’apparaître dans l’instant — puis agrandies, présentées individuellement ou organisées en une composition complexe et rythmée (qu’elle intitule Block) sont aussi fragiles que délicates dans la tonalité des couleurs, précises dans le cadrage qu’elles sont abouties dans le projet artistique profondément audacieux.


Hannah Villiger est née en 1951 à Cham (Zoug, Suisse), elle est décédée en 1997 à Auw (Argovie, Suisse).
http://hannahvilliger.com