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  Aldo Walker

exposition temporaire
Logotyp  

Aldo Walker 1
Aldo Walker 2
Aldo Walker 3
Vue partielle de l'exposition

Neues aus der Innerschweiz, 1981
Coll. Kunstmuseum Luzern
Logotyp VII, 1976
Coll. Aargauer Kunsthaus Aarau

Tisch 2, 1965
Mein Herz ist frei, 1977-1979
Coll. Kunstmuseum Luzern
Aldo Walker, Logotyp

in cycle L’Éternel Détour, séquence printemps 2013
du 20 février 2013 au 5 mai 2013


Aldo Walker fêterait cette année ses septante-cinq ans. Mal connu du grand public, il est pourtant un des grands artistes conceptuels suisses. Son œuvre est notamment constituée de deux grands ensembles : les Logotyp (énoncés expérimentaux sous forme d’objets) et les Pictogrammes (peintures à ligne claire). Par l’originalité de leur conception et de leur réalisation,  alliant style et non-style, ces œuvres occupent une place importante dans l’art conceptuel des années 1970 et 1980.


Dès ses premiers travaux, Aldo Walker s’interroge sur le processus cognitif et visuel par lequel l’œuvre et le spectateur interagissent. Tisch 2 (1965, coll. Kunstmuseum de Lucerne), par exemple, se compose d’une table dont le plateau est matelassé, comme capoté d’étoffe. Suivant le modèle de la Roue de bicyclette de Duchamp, Walker mêle deux objets, l’un ressortant à la gastronomie (table), l’autre au sommeil (matelas), et évoque ainsi à la fois la gourmandise et l’érotisme. Une table et un coussin fusionnent ou s’accouplent  et s’engrossent. Le tout se gonfle et prend la silhouette de quelque chose d’impulsif, d’animal…

Dans AW (1970, œuvre détruite),  A. Walker  « accroche » ses initiales au mur avec un câble électrique qui chauffe jusqu’à la température de son corps. Le travail fait directement référence à l’auteur (par ailleurs électricien de formation), mais peut se confronter avec n’importe quel spectateur. Car la température de Walker ne lui est pas spécifique, pas plus que ses initiales AW, qui peuvent aussi désigner mille autres choses ou individus. La dimension biographique de l’œuvre se fond alors en quelque chose de plus universel.

Au début des années 1970, A. Walker s’efforce de concevoir ses expérimentations de telle manière que ce soit au spectateur d’en imaginer les contenus. Ce principe culmine une première fois en 1975 avec  les Logotyp. « Les Logotyp tels que je les conçois, dit Walker, n’ont pas de signification en soi ; ils n’acquièrent de signification qu’avec et à travers le spectateur. »

Le plus connu des vingt-cinq Logotyp est Nummer VII(1976, coll. Aargauer Kunsthaus Aarau). Il s’agit d’un fox-terrier schématisé, sculpté dans une pièce de bois, qui « fait le beau » devant une gamelle en fer. L’observateur perçoit immédiatement ce sens obvie, mais reste confronté à cette curieuse structure métallique, dans laquelle est enchâssé le chien en bois, et qui le contraint à un seul mouvement possible : glisser absurdement de bas en haut et de haut en bas en faisant le beau. Le spectateur cherche alors des éléments métaphoriques. Faut-il voir un geste sadique dans cette gamelle inatteignable ? Et pourquoi  est-elle  vide ? en fer, lourde et froide ?…

Vers 1981, A. Walker revient au format « classique » du tableau en traçant quelques courbes sur des toiles monochromes. Se pose bien sûr la question du statut de l’œuvre : sont-ce des peintures ou des dessins, des pictogrammes intermoléculaires ou des images lignées tracées au pinceau ? Mais A. Walker cherche surtout à enclencher, par un geste artisanal affiché, un processus cognitif qui révèle le sens comme un produit de notre propre imagination. Deux bébés nus disparaissent ainsi dans un enchevêtrement de lignes à peine ébauchées. Ailleurs, une vache se fond sur la surface de la toile, comme pour inciter l’observateur à réfléchir aux confusions visuelles entre le plan et l’espace. Pour le dire autrement, ces peintures « au trait » mettent en évidence le processus perceptif par lequel notre imagination complète notre regard. Au-delà des traditions et conventions admises, les œuvres de Walker initient à la grande expérience de l’esthétique, elles invitent à s’aventurer dans la théorie de la connaissance.

Stefan Banz


Aldo Walker est né en 1938 à Winterthour ; il est décédé en 2000 à Lucerne.