2_1 MAMCO 2_1 AGENDA PRESSE CHRONIQUES MISCELLANEES RADIO FILMS
4_1 EXPOSITIONS COLLECTIONS ARTISTES PUBLIC EDITIONS MUSEE INFORMATIONS

 

COLLECTIONS_PRESENTATION COLLECTIONS_ARCHIVES
A B C D E F G H i J K L M N O P q R S T u V W x y Z
    
  Christopher Williams 

exposition temporaire
The Production Line of Happiness  

Christopher Williams
Rollerstacker, R-136MR, Manufacturer: The Kaynar Company, Los Angeles, CA, 900054. Date of Production: 1975. Vancouver, BC, April 6,
2005 (NR.1, 2 & 3)
coll. Fotomuseum Winterthur
 


Christopher Williams,
The Production Line of Happiness

in cycle Des histoires sans fin, séquence printemps 2014
du 12 février 2014 au 18 mai 2014


Occupant la chaire de Bernd Becher à la Kunstakademie de Düsseldorf, Christopher Williams est lui aussi un adepte de la « nouvelle objectivité » en photographie que l’histoire de l’art a associée à cette école. Mais alors que les images du couple Becher enregistraient le moment présent dans l’histoire de l’architecture industrielle allemande, les travaux de Ch. Williams  évoquent, par des allusions discrètes  et souvent déconcertantes,  une histoire de l’Occident et bien sûr des rapports de la photographie avec celle-ci.


Les photographies de Christopher Williams sont généralement accrochées  en très petit nombre dans les salles d’exposition. Elles accentuent l’esthétique du White Cube comme une invitation au spectateur à s’arrêter longuement, à réfléchir sur leurs significations possibles. Pour toute aide, les cartels indiquent des titres démesurément longs et précis. S’ils semblent uniquement descriptifs, et donc peu susceptibles de stimuler l’imagination, leur précision permet en fait de les ancrer dans le contexte historique que l’artiste cherche à évoquer. Ainsi, dans la photographie montrant des épis de maïs empilés, c’est la charte photographique qui donne le début du titre : Kodak Three Point Reflection Guide, © 1968 Eastman  Kodak  Company  […].  La polysémie se joue du mot « réflexion » : l’ustensile de Kodak est à la fois un étalon pour mesurer la luminosité et un objet de pensée. L’année 1968 devient donc une clé de lecture contextualisant ce maïs qui n’apparaît dans le titre qu’entre parenthèses. Il vaut alors pour synecdoque de l’Amérique de ces années-là, dont il était la toute première ressource céréalière et dont il pouvait incarner la puissance tant il se retrouvait dans une grande variété de produits, alimentaires ou non. Même pour les photographes, le maïs et ses dérivés entraient dans la composition de multiples objets indispensables, tels que des pellicules ou… des épis de maïs artificiels utilisés pour les mises en scène publicitaires.  Ch. Williams a souvent fait dialoguer ces faux épis de maïs avec des images d’appareils photographiques de marque Zavod, par lesquels il évoquait le bloc de l’est. C’était notamment le cas dans de nombreuses expositions de sa série For example: Dix-huit leçons sur la Société Industrielle.
L’exposition du Mamco, The Production Line of Happiness, accompagne les grandes rétrospectives de l’artisteà Chicago et au MoMA durant l’année 2014, qui portent  le même titre. Celui-ci est tiré d’un film de Jean-Luc Godard dans lequel un ouvrier compare avec cette expression son travail à l’usine et les films qu’il crée durant ses loisirs. Ch. Williams traverse ici ses différentes séries et crée des rapprochements selon d’autres critères, en l’occurrence la couleur. Mais il ne s’agit pas d’un choix simplement formel : l’artiste a souvent « révisé » (c’est ainsi qu’il nomme la réitération, légèrement modifiée, d’une même série) sa série For example: die Welt ist schön avec le sous-titre Couleur Européenne, Couleur Soviétique, Couleur Chinoise. Le jaune est pour lui fortement associé à l’Occident. Pour tout photographe, c’est bien sûr la couleur de Kodak. Mais elle lui permet aussi d’évoquer, par exemple, le volontarisme germanique, avec ce paquet postal dont la légende est étonnamment directive voire autoritaire. Ce portrait de l’Occident ne manque pas non plus d’humour. Ainsi, les bigoudis jaunes seraient, selon le titre de l’image, fabriqués par une entreprise spécialisée dans les réacteurs d’avions. Si la jeune femme qui les porte n’est pas nommée dans le titre de l’image, c’est l’inverse qui se passe — de manière non moins significative — dans la photo montrant E.A (Billy) Hankins III […] : l’arum titan, la plus grande fleur du monde, qui occupe tout le centre de l’image n’est simplement pas mentionnée. Les titres désignent donc à la fois les objets mais aussi la manière symptomatique dont les images sont regardées. Leur facture extrêmement lisse et détaillée, comparable à l’esthétique publicitaire, leur détachement de toute réalité individuelle ou subjective, les moyens techniques mis en œuvre pour leur production, leurs allusions enfin aux modes de fonctionnement des sociétés occidentales d’après-guerre, tout cela rapproche  les images de Ch. Williams du « réalisme capitaliste » des peintres allemands des années soixante. Le parallèle avec le réalisme socialiste est en effetéloquent, mais tous ces artistes prennent en revanche grand soin de gripper tout rouage d’une quelconque propagande.


Christopher Williams est né en 1956 à Los Angeles ; il vit à Cologne, Düsseldorf et Amsterdam.