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  Gianni Motti  

présentations des collections
Big Crunch Clock, 1999   
L'Escalier    
 

Gianni Motti, Big Crunch Clock, 1999

Gianni Motti ne fabrique pas d’objets. Ses œuvres, presque toujours invendables, ont une durée de vie qui excède rarement la rumeur qui les accompagne. Difficilement transportables dans l’intérieur du collectionneur, elles ne sont pas non plus des objets de jouissance. Elles se passent de la légitimation de la galerie, préférant emprunter les canaux de l’information médiatique, sous forme de scoops ou de dépêches d’agence : « Tel un virus, l’artiste détourne les réseaux mondiaux au service de son projet, s’insère dans leur flux continuel de données, et délègue au rédacteur anonyme de l’agence la réalisation du document attestant de l’effectivité de sa "performance". » (Pascal Beausse)

En 1986, à la manière d’un terroriste, G. Motti revendique auprès des agences de presse l’explosion de la navette Challenger. En juin 1992, il contacte l’agence Keystone et se déclare responsable du tremblement de terre qui provoque, entre autres, dans le désert californien, une fissure de soixante-quatorze kilomètres de long, encore visible aujourd’hui.

En novembre 1997, un jeune étudiant diplômé de l’École des Beaux-Arts de Grenoble reçoit une bourse pour travailler pendant six mois avec un artiste reconnu. Le jeune homme fixe son choix sur G. Motti, qui décide alors d’envoyer son assistant autour du monde, « les voyages forment la jeunesse », jusqu’à épuisement de sa bourse. L’unique contrainte et mission du voyage l’oblige à toujours porter sur lui un T-shirt portant la mention « Gianni Motti Assistant ». Il parcourt ainsi les États-Unis, la Tanzanie, l’Australie, les Caraïbes… et termine son périple à Paris, en pleine manifestation anti-Front National, dans le sillage du cortège du Parti communiste français. C’est ainsi qu’il est photographié sur un cliché publié dans « l’Humanité-Dimanche ».

En novembre 1997, toujours, G. Motti s’infiltre dans une session des Droits de l’Homme à l’ONU, et occupe le siège du délégué indonésien, absent. Au moment du vote sur les minorités ethniques, il prend la parole, intervient en faveur de ces minorités, rallie à sa cause d’autres représentants qui finissent par quitter la salle en signe de protestation, provoquant l’interruption de la séance.

En septembre 1999, il est invité à participer à Berlin à une exposition organisée par deux jeunes étudiantes. Quelques jours avant le vernissage, les organisatrices sont victimes, à leur domicile, d’une prise d’otages et tenues en respect pendant cinq heures par un braqueur en cavale, dont on dit qu’il aurait été commandité, venu se réfugier dans leur appartement alors que la police quadrille le quartier. Mis au courant de l’affaire, G. Motti arrive à négocier auprès des radio et télévisions allemandes l’exclusivité de la reconstitution de l’affaire, finançant ainsi une partie de l’exposition.

En 1999, G. Motti met en marche pour la première fois « Big Crunch Clock » – horloge digitale comportant vingt chiffres, des milliards d’années aux dixièmes de secondes – qui fait le compte-à-rebours des cinq milliards d’années qui séparent le soleil de son explosion. L’horloge, qui n’est autre qu’un détonateur, est prévue pour fonctionner, ironie du sort, à l’énergie solaire, l’artiste obligeant chaque acquéreur à adapter l’appareil aux inventions technologiques futures. Après avoir revendiqué tremblements de terre, pluies de météorites, éclipses de lune et de soleil, G. Motti s’approprie la plus grosse catastrophe naturelle, jamais connue, responsable de la disparition du système solaire, et par là-même de la terre, délivrant du même coup l’humanité de ses terreurs millénaristes. Avec « Big Crunch Clock », G. Motti repousse les limites de l’art, créant d’ores et déjà une œuvre posthume sans précédent, dont il nous fait les dépositaires.