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  Claudio Parmiggiani  

présentations des collections
Delocazione, (1970) 1995 ;
Cripta, 1994 ;
Horloge, 1994  
 

présentations des collections / archives
Solo 3 ;
Luce, luce, luce, 1968 (1995)   
Modèles modèles   
Modèles modèles 2   

Claudio Parmiggiani, Delocazione, (1970) 1995 ;
Cripta
, 1994 ; Horloge, 1994


Il y a trois œuvres de Claudio Parmiggiani visibles en permanence au Mamco, dont deux sont à la fois complètement opposées l’une à l’autre et complémentaires : la Cripta (Crypte) (1994), chronologiquement une des toutes premières pièces à avoir été installée dans les espaces du musée, et conçue pour eux, tout comme L’Horloge (1994), et une Delocazione, dont le principe a été initié par l’artiste dès 1970, qui a été réalisée sur place en 1995. Trois œuvres qui sont autant d’objets temporels.

La Cripta occupe l’espace 49 du premier étage. Elle n’a, depuis l’inauguration du musée, jamais été installée ailleurs, ce qui fait de cette pièce une des plus anciennes à avoir rejoint la collection du Mamco et à y être toujours visible. Elle consiste, comme son titre l’indique, en une crypte à l’intérieur de laquelle le visiteur pénètre en se baissant. Plongé dans un lieu obscur, il découvre alors des empreintes de mains apposées sur les parois et le plafond noirs. Ce sont celles de la main gauche de l’artiste qui a réalisé lui-même ce travail avec de la peinture acrylique de couleur. Comme le dit Parmiggiani, « c’est une œuvre que l’on ne peut voir qu’avec les yeux et dans le noir, parce que l’obscurité est sa propre lumière ; c’est une œuvre que l’on peut seulement vivre ». Semblable à une grotte préhistorique, cette pièce unique est une revisitation ludique des origines de l’histoire de l’art (on pense, par exemple, aux mains négatives visibles dans la grotte de Gargas en Ariège en France). Elle nous plonge dans l’obscurité des commencements et donne au musée d’art contemporain un ancrage ancien : elle en fait l’outil d’une remontée dans le temps à partir d’aujourd’hui, la crypte devenant alors un noyau de nuit et de survivances à l’intérieur même de l’institution. Elle indique par là même combien travailler maintenant, pour un artiste, c’est aussi se souvenir, c’est circuler dans le temps. Inventer, c’est se ressouvenir. L’aspect religieux de la crypte classique disparaît ici au profit d’une célébration profane de la mémoire. La seconde œuvre installée à côté de cette pièce est une Delocazione réalisée à l’occasion de la rétrospective de Parmiggiani au Mamco. Ce travail consiste lui aussi en la spatialisation d’empreintes. Mais, à la différence de la Cripta, le principe de la Delocazione a été repris par l’artiste à de nombreuses reprises dans différents lieux. D’autre part, et contrairement à la crypte, il n’y a pas ici d’intervention directe de la main de Parmiggiani dans la réalisation de l’œuvre. Au Mamco, ce sont des tableaux de dimension modeste dont la Delocazione, terme qui signifie déplacement en italien, enregistre les fantômes de formes sur les murs d’une salle recouverts de suie. En effet, pour réaliser ce type de pièce, Parmiggiani fait brûler des pneus à l’intérieur d’un espace clos. La fumée se répand et se dépose alors sur les parois de ce dernier. Si des objets sont préalablement accrochés aux murs (tableau, horloge, étagère…), leurs empreintes apparaissent lorsqu’on les enlève. C’est ce que l’on constate avec la pièce du Mamco. La salle dans laquelle on ne peut pénétrer du fait de la fragilité de l’œuvre laisse voir des cadres absents, des œuvres spectrales. Tout se passe comme s’il ne restait aujourd’hui de la peinture que des traces sans figures, que des souvenirs estompés de la forme tableau. On peut aussi penser à l’effet d’une déflagration (souvenir d’Hiroshima) ou d’un cataclysme (réminiscence de certains vestiges de Pompéi) sur un objet inscrit dans la longue durée de l’histoire de l’art. Accompagnant et surplombant la Cripta et la Delocazione, une horloge conçue par Parmiggiani renforce et souligne la relation au temps propre à ces œuvres en particulier et à son travail en général. Mais celle-ci est tout à fait singulière : il s’agit d’une horloge inversée qui prend le temps à revers. Remonter la durée, prendre la chronologie et l’histoire à rebrousse-poil, voilà un programme dont le philosophe Walter Benjamin, dans sa tentative d’inventer un rapport anachronique au passé, s’est fait le chantre et dont Parmiggiani donne une image possible. Avec toujours l’exigence de ne pas faire de cette remontée temporelle le moyen d’entretenir la nostalgie mais plutôt de produire véritablement un rapport renouvelé et dynamique au souvenir. Ainsi le temps mis sens dessus dessous devient-il l’outil de travail de l’artiste, sa façon toute personnelle d’être contemporain.


Claudio Parmiggianiest né en 1943 à Luzzara (Émilie Romagne, Italie), il vit à Bologne et près de Parme.