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  Élisabeth Llach 

expositions temporaires
Aléas — la ligne  Llach_Alea
… et ce n’est pas fini !  

  Denis Savary 

expositions temporaires
Neige de Printemps  
Saint Martin, 2006  
Mine de rien  

présentation des collections / archives
Modèles modèles 2   


Wim Delvoye, Early Works, 1968-1971
vue partielle de l’exposition

Anselme Boix-Vives, Reine de beauté, 1967
huile sur carton ; 101 x 73,5 cm
coll. Jean-Paul Jungo, Genève

Valère Novarina,
Le Drame de la vie. 2587 prsonnages, 1983
(détail)

Elisabeth Llach, …et ce n’est pas fini !

Denis Savary, Mine de rien




Aléas — la ligne

Cinq expositions sur papier

Anselme Boix-Vives, Gouaches
Wim Delvoye, Early Works, 1968-1971
Élisabeth Llach, …et ce n’est pas fini !
Valère Novarina, Le Drame de la vie. 2587 personnages, 1983
Denis Savary, Mine de rien


in cycle Mille et trois plateaux, quatrième épisode
Connexions  /  du 25 octobre 2005 au 15 janvier 2006


Cinq ensembles monographiques d’œuvres sur papier composent cette séquence consacrée à divers statuts et différentes modalités du « dessin ».

Les « Early Works (1968-1971) » de Wim Delvoye sont les dessins réalisés par cet artiste durant sa prime enfance. L’intérêt pour le dessin des enfants est une invention du XXe siècle. Philosophes, psychologues et poètes lui ont donné un statut esthétique et herméneutique qui en ont fait aussi bien un instrument de connaissance de la construction de la conscience qu’un domaine de validation de la spontanéïté créatrice.
Dans ce dernier cas, le dessin d’enfant propose une référence quasi « naturelle » légitimant des styles picturaux du type de ceux inaugurés par un Paul Klee, relayés ensuite par des artistes comme Jean Dubuffet ou les membres de Cobra, par exemple. Une expressivité prétenduement émancipée des codes cultivés y déploie de nouveaux codes, supposés mieux adaptés à l’épanouissement des subjectivités rendues à l’heureuse indétermination de l’enfance.
W. Delvoye est étranger à ces conceptions angéliques qui font l’éloge de la naïveté au nom d’une libération et d’un partage élargi de l’art. Exposer ses dessins d’enfant en tant que ses « premières œuvres » offre à cet artiste l’occasion d’une double opération.
D’une part, il pose avec humour la question délicate de la définition du moment où commence réellement le travail d’un artiste et donc celle de la circonscription du corpus de son œuvre. D’autre part, il valide, au nom de l’art et de son œuvre, par une décision relevant de sa seule souveraineté (donc de type conceptuel), une partie de ses activités enfantines qui n’étaient évidemment pas conduites à cette fin, mais où l’on peut cependant voir une justification de la croyance en l’éveil à l’expression artistique produit par le dessin chez l’enfant.
On aura compris que la question n’est pas ici de savoir si les dessins de l’enfant W. Delvoye annoncent en quoi que ce soit l’artiste qu’il est devenu ni, bien sûr, de les apprécier du point de vue esthétique. Ce qui est en jeu est, au contraire, un geste artistique assez subtil par lequel des objets changent de statut et se présentent à une considération que leur apparence ne suggère pas.

Le même horizon idéologique qui a légitimé artistiquement le dessin des enfants a orienté l’attention esthétique vers les productions plastiques des « fous » et des personnes en marge de la société ou relativement indemnes de formation ou information artistiques (art « naïf », art « brut »). C’est dans ce contexte élargi qu’il convient de situer Anselme Boix-Vives. Ses gouaches visionnaires aux luxuriantes effusions colorées avaient capté le regard des surréalistes et notamment du premier d’entre eux, André Breton, qui en possédait trois que nous sommes émus d’associer à cet accrochage.

Ce sont des « dessins d’écrivain » que les « 2587 personnages » du « Drame de la vie », pièce de théâtre de Valère Novarina publiée en 1984. Réalisés en vingt-quatre heures, les 5 et 6 juillet 1983 à La Rochelle, ces dessins esquissent la silhouette de chacun des personnages dont la fin du « Drame de la vie » décline les noms étranges et fascinants. Cette litanie onomastique est à elle seule une épopée dont les accents archaïques évoquent une nouvelle « Genèse » où se condense l’extraordinaire travail « dans » la langue qui est la marque des livres de V. Novarina. La sècheresse incisive et la nervosité de ces dessins à l’encre noire et rouge (qui se souviennent de l’écriture manuscrite) gravent la sismographie de l’éruption continue de ces figures inchoatives qui tiennent autant leur surgissement à leur nom qu’à ces traces haletantes et hirsutes.

Élisabeth Llach pratique essentiellement le dessin. Son univers s’impose par la congruence entre la tonalité ambiguë, perverse, dépressive de ses personnages et le caractère lui aussi cruel, ingrat, agressif de son trait qui semble se retourner contre ce qu’il représente. Cette guerre intestine du dessin contre la figure qu’il produit métaphorise la violence qui trame les ruses déçues de la séduction et le théâtre intime de l’immaturité : « … et ce n’est pas fini ! »

Denis Savary partage sa pratique entre la vidéo et le dessin. « Mine de rien » est le titre qu’il a donné à ce choix de soixante dessins. Il faut l’entendre dans tous les sens de l’expression. Tout le travail de cet artiste semble procéder d’un rapport furtif, discret, infra-mince au réel. Ses dessins n’occupent qu’une faible partie du centre des feuilles A4 qu’il emploie. Ils paraissent sur le point de s’y évanouir ou, à l’inverse, stoppés au moment de leur apparition. Mais, si lacunaires ou allusifs qu’ils affectent d’être, rien ne saurait s’y ajouter sans les défaire. C’est toute leur grâce d’instantanés d’imaginaire : presque rien issu d’une mine qui s’interdit tout effet pour s’en tenir à l’esquisse d’un micro-monde possible.


Wim Delvoye est né en 1965 à Wervik.
Anselme Boix-Vives est né en 1899 à Herbeset (Espagne), il est décédé en 1969 à Grenoble.
Valère Novarina est né en 1947 à Genève.
Élisabeth Llach est née en 1970 à Neuchâtel.
Denis Savary est né en 1981 à Granges-Marnand.