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Shopkeepers

Ken Lum (*1956) est, aux côtés de Jeff Wall et de Rodney Graham, une figure centrale de la scène artistique de Vancouver, parfois associée à la lignée du « photo-conceptualisme » initiée par Ian Wallace. A la fin des années 1970, Ken Lum se fait connaître par des « portraits-logos », des « sculptures-meubles » et des « peintures-langage ». 

Les « portraits-logos » instaurent « une tension entre le portrait et le nom qui déporte les frontières de l’identité avec d’un côté, la culture populaire et son anonymat et de l’autre le logo d’entreprise et sa glorification du nom », selon l’artiste. Il s’agit aussi de dresser le portrait d’une société cosmopolite, celle de Vancouver, et des efforts des communautés immigrées pour devenir des modèles de citoyenneté. Ainsi que le déclare l’artiste : « En 1908, mon grand-père Lum Nin, encore adolescent, arriva à Vancouver pour y travailler comme manœuvre à la société nationale des chemins de fer… Aujourd’hui encore, lorsque je pense à Lum Nin, je pense à la compagnie des chemins de fer. J’aurais aimé réaliser une œuvre dans laquelle un portrait de mon grand-père serait venu s’unir au logo de la société. Et j’aurais même pu y adjoindre le texte : Lum Nin, Coolie de la Canadian Pacific Rail. »

Deux décennies plus tard, Ken Lum réalise la série des Shopkeeper à laquelle appartiennent les quatre œuvres présentées ici. Se souvenant des leçons apprises auprès d’un peintre d’enseignes (avant que le graphisme et l’informatique ne se substituent à ces pratiques manuelles), l’artiste invente des enseignes publicitaires plausibles, rendant équivoque leur lecture en tant que signe publicitaire ou artistique. Divisées en deux zones distinctes, l’une mêlant texte et image, l’autre ne comportant que du texte, les œuvres rejouent des annonces vantant des commerces (salon de coiffure, garage, pizzeria, etc.) souvent tenus par des Canadiens issus de l’immigration indienne ou chinoise. Le texte seul, qu’il considère comme une image sonore ou une forme d’image communicative, appartient lui au registre des pensées, des sentiments, des désirs et crée un décalage avec l’autre panneau. 

En utilisant des objets trouvés, des clichés, des citations et une forme particulière d’appropriation, Ken Lum cherche à dialectiser le processus de séduction de la publicité et à créer un espace de questionnement identitaire. 

  • L’exposition, organisée par Sophie Costes, fait suite à la donation par Marc Jancou et Ken Lum de l’une des œuvres présentées
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