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Bureau d'Activités Implicites (B.A.I.)

Lorsqu’elle est arrivée à Paris, comme le font beaucoup de jeunes artistes qui n’ont pas de revenus fixes, Tatiana Trouvé (*1968, Cosenza, Italie) a enchaîné les petits boulots, tout en se demandant si toutes ces expériences, pas toujours heureuses, pouvaient être vues « comme une fiction de [sa] vie ». Et c’est à partir de cette réflexion que son travail a commencé à se construire. Ayant accumulé quantité de lettres qu’elle rédigeait pour trouver un emploi, solliciter des bourses, remplir des formulaires administratifs et attester sa motivation, elle se mit à utiliser cette somme de refus, de projets inaboutis, à classer ce matériau fait de démarches improductives pour, en sculpteur, lui construire une structure (une carapace, comme il lui est arrivé de la qualifier). 

Ce fut le premier module (« module administratif »), proche de la vie de l’artiste, qui sera rapidement suivi d’autres modules : le « module des titres », qui archive des titres destinés à des œuvres non réalisées, le « module central de la réminiscence », qui objective la mémoire de façon physique, les « modules d’attente », qui introduisent la dimension sonore dans son travail et traitent de tous ces moments improductifs, longs ou microscopiques, où l’on attend quelque chose ou quelqu’un… Le lien entre tous ces modules est l’idée du temps et le thème de la mémoire. Le Bureau d’Activités Implicites qui les réunit n’est donc pas, comme on pourrait le penser, le lieu d’élaboration des projets artistiques de l’artiste ou son atelier transposé au musée. En réalité, il est la mémoire de Tatiana Trouvé.

Les modules du B.A.I sont conçus à l’échelle d’une personne adulte de taille moyenne qui pourrait s’y installer pour travailler. Leur hauteur (1 m 50) correspond à certaines cotes utilisées dans l’industrie pour le mobilier de bureau. La personne qui y est assise se sent ainsi isolée du contexte et quelqu’un qui jetterait un regard en passant ne ferait qu’effleurer ce qui s’y passe. Les matériaux utilisés sont simples : des plaques de bois, du stratifié, un paillasson, du plastique, des roulettes… L’ensemble a un aspect un peu bricolé, mais d’un bricolage néanmoins minutieux et précis. L’activité qui paraît potentiellement pouvoir s’y dérouler est du même ordre : ce qui nous est donné à voir n’est que l’enveloppe d’un lieu pour un travail résumé à son idée.

Des trois Modules des Archives, deux sont montrés ici : le B.A.I. Module des Archives (Correspondances) et le B.A.I. Module des Archives (Dessins).  Présentées ouvertes ou fermées, ces structures conservent des éléments de correspondances écrites mais jamais envoyées, des projets inaboutis ou des dessins de petit format qui sont, littéralement, des copies de sa prolifique activité graphique. Pour Tatiana Trouvé, cette activité de copiste est une « façon de retourner dans sa pensée ». Si les Archives sont importantes pour elle c’est qu’elles lui servent à « retourner sur ses propres traces », à revisiter le moment où un projet a débuté.

  • L’exposition, organisée par Françoise Ninghetto, fait suite à la donation des deux Modules présentés ici par l’artiste
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