MAMCO Journal

Le MAMCO propose, par un récit se déroulant sur une temporalité assez courte (de la décennie 1960 à nos jours), de redonner une syntaxe historique aux œuvres présentées. A chaque séquence d’expositions correspond ainsi une problématique ou une question théorique que le musée, en tant que laboratoire d’écriture collective de l’histoire, s’attache à explorer et dont il présente au public l’état de sa recherche. Le MAMCO Journal entend restituer les sujets de réflexion que nous nous sommes donnés, les concepts élaborés lors de la préparation des expositions et les résultats présentés (ou non) au public. Il est édité semestriellement et est disponible ici en format numérique. Pour le recevoir à votre domicile, contactez chloe.gouedard(at)mamco.ch.

N°5


Comment raconter l’histoire de l’art du temps court qui nous sépare de l’après-guerre? Cette question est au cœur du système d’expositions que nous proposons, depuis 2017, aux visiteurs du musée. La réponse que nous avons élaborée passe par la construction de récits différents pour chaque cycle d’expositions et l’insistance sur une forme de syntaxe pour organiser ces présentations.

Si les années 2000 ont été marquées par de profonds questionnements du régime discursif du musée (contestation du « canon moderniste », émergence d’une histoire mondiale de l’art et développement d’une politique de l’expérience), nous ne souhaitons pas abandonner pour autant ce qui fait la spécificité d’un lieu tel que le MAMCO : contribuer à l’écriture d’une histoire qui ne serait soumise à d’autres logiques que celles des œuvres elles-mêmes. Et, alors que tant de lieux cèdent aux catégories thématiques et trans-historiques pour organiser la complexité des pratiques artistiques des dernières décennies, nous voulons au contraire défendre cette complexité – et proposer des articulations qui tiennent compte de leur historicité. Au lieu de subsumer sous de vagues regroupements des œuvres qui n’ont de cesse d’échapper à la simple communication de « quelque chose », nous construisons sans relâche des récits qui en soulignent les spécificités et situent leurs émergences. 

Au premier semestre 2020, ce récit passe par une rétrospective consacrée à Olivier Mosset, tant cette exposition offre également l’opportunité de balayer les cinq décennies que son travail traverse. Du Nouveau Réalisme des années 1950 aux formats monumentaux des années 2000, en passant par la déconstruction de la peinture qu’il opère avec Daniel Buren, Michel Parmentier et Niele Toroni dans les années 1960, au groupe d’artistes réunis autour du monochrome et de la « peinture radicale » qu’il fréquente dans les années 1970, au mouvement « Néo-Géo » des années 1980 dans lequel ses dialogues avec Steven Parrino, Sherrie Levine et Cady Noland l’apparente, et jusqu’aux collaborations avec John Armleder et Sylvie Fleury sous le titre de « AMF » dans les années 1990, suivre le développement du travail d’Olivier Mosset c’est aussi décrire les différentes scènes qu’il traverse, tant en Suisse qu’en France et aux Etats-Unis. Pour celui qui s’est plusieurs fois réclamé du mot de Cézanne sur la recherche de la « vérité en peinture », cette recherche passe d’abord par le « procès » de la peinture en tant qu’objet et signe d’un auteur, puis en tant que représentation « originale » et, finalement, en tant que pratique indexée sur un rapport au monde.

Et, alors que la séquence d’automne, à travers plusieurs expositions (dont celle de Tony Conrad), permettra d’interroger les relations de l’image avec une forme de contrôle sociétal, nous voulons cet été inventer un nouveau mode opératoire pour le musée : basé sur l’idée d’un rendez-vous annuel, comme pourrait l’offrir un magazine ou une biennale, il s’agit de proposer une rencontre avec plusieurs pratiques que rien ne relie, sinon l’intérêt que nous leur portons. Autour de ces artistes, des formats extensifs, en collaboration avec d’autres structures, viendront ponctuer le programme estival de rencontres, performances et expériences hors site. Une nouvelle manière de programmer l’été que nous souhaitons reformuler chaque année, en modulant les fonctionnements du musée (horaires d’ouverture, présence d’un bar, ouverture sur d’autres disciplines). Simplement baptisé « été 2020 », ce programme nous offre l’opportunité d’expérimenter la question du musée comme « fabrique d’expériences », de repenser la question de l’émergence, du soutien et de la collaboration avec des artistes sur une période qui dépasse celle de la simple « exposition ». Que cette méthode de travail survienne alors que nous planifions avec la Ville de Genève la rénovation du bâtiment qui abrite le MAMCO n’est bien entendu pas une coïncidence : il s’agit de préparer le futur en expérimentant, de dessiner les contours du musée lorsque celui-ci disposera du cadre et des moyens qu’il mérite. 



LE MAMCO TIENT À REMERCIER SES PARTENAIRES
FONDATION MAMCOÉtat de GenèveVille de GenèveFondation de Famille SandozJTIMirabaud & Cie
ghfk